‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 28 sur 454 · XL NOTICE SUR CREBILLON · texte numérisé non relu

XL NOTICE SUR CREBILLON

« a représenté avec toute la dignité possible ; Arle- « quin y a figuré aussi. Enfin, tout a concouru à ren- « dre cette cérémonie aussi mémorable que risible. » Voilà comment les esprits forts de ce temps-là, ces libres penseurs que Voltaire appelait élégamment ses Cacouacs, traitaient les « histrions » qui se permettaient de faire profession publique de religion chrétienne etde respect envers un grand écrivain, l'honneur des lettres françaises. Leur persiflage trouva sa sanction dans l'intolérance de l'archevêque; Mgr de Beaumont porta plainte à l'ordre de Malte contre « l'indé- « cente cérémonie », pour parler comme Bachaumont.

Un consistoire fut tenu le 15 juillet chez M. le bailli de Frouliay, ambassadeur de l'Ordre; il y fut décidé que, afin d'éviter de compromettre un droit fort ancien, le curé Saint-Jean-de-Latran, quoique soustrait à l'ordinaire par les privilèges de l'Ordre, recevrait une punition pour avoir occasionné un scandale. La punition du curé Huot, fixée par l'archevêque, fut de trois mois de séminaire et deux cents livres d'amenfle.

Voltaire ne pouvait manquer cette occasion d'injurier Crébillon dans sa tombe, et de faire entendie quelques paroles de bon sens : « Il paraît bien in- « juste, » écrit-il à Damilaville le 18 juillet, « de re- « fuser des De profundis à Crébillon, tandis que toutes « ses pièces en méritent, hors R/jGc/awù^e, et l'on ne voit « pas en quoi a péché ce pauvre curé quand il a fait un « service pour l'àme poétique de M. de Crébillon. En « effet, quoique cet auteur ait traité le sujet d'Atrce, « il était chrétien, et son Rhadamhte durera peut-être « aussi longtemps que les niandoraonts de monsieur « l'archevêque. » Et il ajoute, non moins agréablement que raisonnablement : « Si le curé a été t suspendu pour avoir fait ce service aux dépens des « Comédiens du Roïl^ le service n'ost-il pas toujours •< fort bon? Il faudrait donc excommunier monsieur « l'archevêque pour recevoir tous les ans environ trois « cent mille livres que lui fournissent les spectacles « de Paris, et qui sont le plus fort revenu de ITlûtel-

« Dieu Pourquoi traiter les comédiens plus mal

« que les Turcs? Ils sont baptisés; ils n'ont point re- « nonce à leur baptême. Leur sort est bienù plaindre. « Ils sont gagés par le Roi, et cxcomnnniiés par a les curés. Le roi leur ordonne de jouer tous les

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