‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 281 sur 454 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CATILINA

Qu'aurais-je à redouter d'une femme infidèle ? Où seront ses garants? Et d'ailleurs, que sait-elle? Quelques vagues projets dont l'imprudent Caton Nourrit depuis longtemps la peur dé Cicéron ; Projets abandonnés, mais dont ma politique Par leur illusion trompe la république,

Sait de ce vain fanlôme occuper le sénat, L'effrayer d'un faux bruit ou d'un assassinat, Et ne lui laisser voir que des mains meurtrières. Tandis qu'un grand dessein échappe à ses lumières. Maître de mes secrets, j'ai pénétré les siens, Et Lentulus lui-même ignore tous les miens. De cent mille Romains armés pour ma querelle, Aucun ne se connaît, tous combattront pour elle. De l'un des deux consuls je me suis assuré : Plus que moi, contre l'autre, Antoine est conjuré : César ne doit qu'à moi sa dignité nouvelle. Et je sais qu'à ce prix il me sera fidèle. Voilà comme un consul qui pense tout prévoir Souvent pour mes desseins agit sans le savoir. L'Africain peu soumis, le Gaulois indomptable, Tout l'univers enfin, las d'un joug qui l'accable, N'attend pour éclater que mes ordres secrets. Et Cicéron n'est point instruit de mes projets. Ce n'est pas danstesmurs, Rome, que je m'arrête: Des cris du monde entier j'ai grossi la tempête. Mon cœur n'était point fait pour un simple parti Que le premier revers eût bientôt ralenti. J'ai séduit tes vieillards ainsi que la jeunesse, César, Sylla, Crassus et toute ta noblesse... Mais il faut retourner à Probus, qui m'attend : Ménageons avec lui ce précieux instant.

Pour rendre sans effet le courroux de Tullie Et pour mettre à profit les fureurs de Fulvie. Soutiens, Catilina, tes glorieux desseins : Maître de l'univers si tu l'es des Romains, [plisse, C'est aujourd'hui qu'il faut que ton sort s'accom- Que Rome à tes genoux tombe, ou qu'elle périsse.

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