‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 282 sur 454 · ACTE n, SCBÉÏE î · texte numérisé non relu

ACTE n, SCBÉÏE î

Vous croyez, à l'abri de votre caraclère, Pouvoir impunément défier ma colère, Et que mon cœur, tremblant à l'aspect de ce lieu, Va mettre au même rang le ministre et le dieu : Et quel ministre encore ! un sacrilège, un traître, Qui, de Catilina devenu le grand prêtre, Des Tarquins sur son front veut ceindre le bandeau, Et du sang des Romains nourrir ce dieu nouveau; Lâche, qui se dévoue aux amours de Tullie ; Qui, de ses propres dieux profanateur impie Prête leur sanctuaire à des feux criminels, Déshonore le prêtre, et souille les autels.

PROBUS

Cédez moins au torrent de votre jalousie, El, loin de m'offenser. écoutez-moi, Fulvie. Considérez l'abinie où va nous engager Une folle habitude à ne rien ménager.

Vous croyez vous venger ; vous vous perdez vous-mê- Et, de plus, un amant qui peut-être vous aimo. [me, I-e dépit n'a jamais satisfait ses transports, Qu'il n'ait livré notre âme à d'éternels remords. L'amour le mieux vengé, quelle que soit l'offense, Est souvent le premier à pleurer sa vengeance. On punit l'inconstant, mais on perd en un jour L'objet de sa tendresse et 1 espoir d'un retour. Enfin, que savez-vous si l'on aime Tullie? A travers les fureurs dont votre âme est saisie, Croyez-vous que l'amour éclaire assez vos yeux Pour percer les replis d'un cœur ambitieux? Vous savez les projets que votre amant médite : En pénétrez-vous bien les détails et la suite? Un homme tel que lui doit-il à découvert Se montrer sans prudence au grand jourqui le perd ? Peut-il porter trop loin l'artifice et la feinte? Non : il faut que son cœur ne soit qu'un labyrinthe ; Que l'amour même en vain y cherche des secrets Que pour lui la raison et l'honneur n'ont point faits. L'usage qu'aujourd'hui vous avez osé faire Des secrets dont l'amour vous fit dépositaire Ne vous prouve que trop, malgié votre dépit. Pour peu qu'il ait parlé, qu'il n'en a que trop dit. L'impétueux Caton murmure, tonne, éclate, Trouble tout pour servir un consul qui le flatte Devenu du sénat et l'idole et l'espo r, Cicéron est armé du souverain pouvoir :

244 CATILINA

Le sénat, qui sur lui redoute une entreprise, Pour mellre son héros à couvert de surprise. De l'ordre équestre entier le fait accompagner. Puisqu'on ne peut le perdre, il faut donc le gagner. Pour le faire périr, il faut la force ouverte ; Mais ce serait sans fruit travailler à sa perte. Un hymen prétendu peut calmer ses frayeurs ; Et cet hymen devient l'objet de vos fureurs! Plus de raison alors, et la fière Fulvie Expose un nom célèbre aux mépris de Tullie, Se couvre sans rougir d'un vil déguisement! Pourquoi ce déshonneur? pour perdre son amant ! Ah! madame, ce cœur, dont j'ai plaint la tendresse, De l'habit qui vous cache a-t-il pris la bassesse? Dans quel sein déposer des secrets dangereux. Si le cœur d'une amante est un écueil pour eux? Vit-on jamais l'amour, dans sa plus noire ivresse, Emprunter du dépit une langue traîtresse?

FULVIE

Qui donc ai-je trahi, ministre ambitieux?

Et quelle foi doit-on à des séditieux?

La garder aux méchants, c'est partager leurs crimes.

Mais je vois que Probus connaît peu ces maximes,

Et je sais, quand la haine enflamme vos pareils.

Jusqu'où va la noirceur de leurs lâches conseils,

Surtout lorsqu'il s'agit de venger leurs injures.

César est désigné souverain des augures :

Cicéron a brigué pour ce rival heureux.

Et le place en un rang dont on flattait vos vœux ;

Catilina d'ailleurs vous était favorable :

Le moyen qu'à vos yeux je ne sois point coupable,

Moi qui viens de sauver un consul odieux

Qui s'est osé jouer d'un ministre des dieux,

Qui, de sa dignité dépositaire habile.

Plein de faste aux autels, et près des grands servilc,

Sur l'espoir de leurs dons mesure sa ferveur,

Et n'adore en effet que la seule faveur?

Mon devoir m'ordonnait de sauver la patrie :

Imitez-le, ou gardez vos conseils pour Tullie.

Croyez-moi, teiminez d'imprudentes leçons

Qui ne font qu'irriter ma haine et mes soupçons.

Cessez de me flatter qu'on peut m'aimer encore :

J'ai trop vu la beauté que l'inlidèle adore :

Mes yeux avant ce jour no la connaissaient pas.

Mais vous me payerez ses funestes appas.

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