‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 286 sur 454 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CICÉRON, CATILINA, les licteurs.

CICÉRON fait signe aux licteurs de s'éloigner.

C'est vous, Catilina, que je cherche en ces lieux, Non comme un sénateur jaloux et furieux, Mais comme un ennemi qui sait régler sa haine Sur ce qu'en peut permettre une vertu romaine. Enfin, depuis le jour que le sort des Romains, Par le choix des tribuns, fut remis en mes mains. Vous ne m'avez point vu, soigneux de vous déplaire. Braver l'inimitié d'un si noble adversaire. Je remportai sur vous l'honneur du consulat, Sans acheter les voix du peuple et du sénat; Et vous savez '^sez que cette préférence, Qui flattait vos désirs, passait mon espérance. Mais le sénat, toujours en butte à vos mépris. Réunit en moi seul les vœux et les esprits. Encor si quelquefois vous daigniez vous contraindre; Que, fait pour être aimé, vous vous fissiez moins

[craindre ; Que, mettant à profit tant de dons précieux. Vous affectassiez moins un orgueil odieux ! Mais, bravant le sénat et les consuls ensemble, A vos moindres chagrins vous voulez que tout trem- Regardez ces autels, voyez parmi nos dieux [ble. Ces marbres consacrés aux noms de nos aïeux. Leurs grands cœurs ont toujours haï la tyrannie, Et Rome n'a jamais tremblé que pour leur vie.

24 8 CATILINA

Si, moins ambitieux, votre haute valeur Ne nous eût inspiré que la même ten*eur. Qui d'entre nous pouvait refuser son suflVaf^e Aux vertus dont le ciel a fait votre partage? Politique, orateur, capitaine, soldat. Vos défauts des vertus ont même encor l'éclat. Quel citoyen pour nous, et le plus grand peut-être, S'il nous menaçait moins de nous donner un maître ! On dit... mais je crois peu des bruits mal assurés Qui vous osent nommer parmi des conjurés. Tout défiant qu'il est, Caton ne l'ose croire. Cependant le sénat, jaloux de votre gloire. Pour étouffer des bruits qui dans un sénateur Pourraient en vous blessant blesser son propre hon- Dès hier vous nomma gouverneur de l'Asie, [neur, Pompée et Pétréius, descendus vers Ostie, L'un et l'autre chargés de vous y recevoir, Remettront dans vos mains leur souverain pouvoir. Partez donc, et songez que votre obéissance Peut seule être le prix de notre confiance.

CATILINA

Ainsi donc le sénat veut, sans me consulter, Me charger d'un emploi que je puis le jeter. Je ne sais s'il a cru me forcer à le prendre; Mais j'ignore comment vous osez me l'apprendre, Et croire m'éblouir jusqu'à me déguiser Tout l'affront d'un honneur que je dois mépriser. On me hait ; on me craint : on conspire dans Rome ; Parmi des conjurés c'est moi seul que l'on nomme : Cependant le sénat, peu certain de ma foi. Daigne, malgré ces bruits, m'honorer d'un emploi; Le farouche Caton, devenu plus flexible. D'aucun soupçon encor ne paraît susceptible; Et Cicéron ne vient armé que de bienfaits, Lorsqu'il peut par la foudre arrêter mes projets. Mais d'un consul jaloux la politique habile Devrait mieux me cacher que c'est lui qui m'exile, Et ne point abuser de la crédulité D'un sénat trop jaloux de son autorité ; Car enfin tous ces bruits, enfants de sa faiblesse, N'ont d'autres fondements qu'un soupçon qui vous cicKRON. ' [blesse.

N'est-ce rien, selon vous, que d'être soupçonné? A votre ambition sans cesse abandonné.

Vous causez tant de trouble et tant d'inquiétude.

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