‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 287 sur 454 · ACTE 11, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE III

Que le moindre soupçon tient lieu de certitude: Dès qu'on ose alarmer le pouvoir souverain, On est toujours suspect d'un coupable dessein. Peut-on trop sur ce point rassurer la patrie? Acceptez-vous l'emploi que Rome vous confie? C'est pour m'en éclaircir que je viens vous trouver.

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J'entendstc'estsurcepointquel'onveutm'éprouver. Si j'accepte l'emploi, c'est à tort qu'on m'accuse; Et je suis criminel dès que je le refuse. Mais, malgré l'appareil d'un frivole discours. Je perce en ce moment à travers vos détours. L'intérêt des Roi»ains n'est pas ce qui vous guide : C'est le seul mouvement d'une haine perfide. Que le fiel de Caton sut toujours enflammer, Et que mes soins en vain ont tenlé de calmer. J'ai fait plus : j'ai brigué jusqu'à votre alliance; Et lorsque Rome attend avec impatience Un hymen qui pourrait rassurer les esprits, "Vous osez le premier signaler des mépris! Et depuis quand, seigneur, l'intérêt de ma gloire Vous fait-il craindre un bruitqueCatonn'ose croire, Quand ce même Caton, citoyen furieux.

Répand seul contre moi ces bruits injurieux Que vous autorisez avec trop d'imprudence. Vous qui, de son orgueil nourrissant l'insolence, Consacrez chaque jour ses transports insensés? Jevousconnaislousdeuxmieuxque vousne pensez. Timide, soupçonneux, et prodigue de plaintes, Cicéron lit toujours l'avenir dans ses craintes : Et Caton, d'un génie ardent, mais limité, Ne connaît de vertu que la férocité ; Prompt à se courroucer, enclin à contredire, La haine est le seul dieu qui le meut et l'inspire. Mais c'est perdre le temps en discours superflus, Et je reviens aux soins qui vous touchent le plus. Alarmé d'un pouvoir dont la grandeur vous blesse. L'ardeur d'en triompher vous occupe sans cesse ; Et comme il vous fallait le secours d'un emploi Pour éloigner de Rome un homme tel que moi, Vous m'avez fait nommer gouverneur de l'Asie, Bienfait que je tiendrais de votre jalousie ; Mais mon nom seul ici vous faisant tous trembler, Vous vous flattez qu'ailleurs vous pourrez m'acca- Déjà par Manlius l'Italie occupée [bler«

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Va bientôt se remplir des troupes de Pompée; Et ce fameux vainqueur de tant de nations Vous offre son épée avec ses légions.

Que d'inutiles soins, dans le temps que TuUie Pourrait à votre gré disposer de ma vie! Car de ces noirs complots qui causent tant d'eSroi Elle a dû déclarer que le chef c'était moi. Je ne présume pas qu'à son devoir soumise Elle a pu vous celer le chef de l'entreprise : Pourquoi donc au sénat ne pas me déférer? J'entrevois les raisons qui vous font différer : C'est que mon rang demande une preuve plus grave Que les rapports suspects d'un malheureux esclave. Mais mon honneur m'engage à vous désabuser: Avec ce seul témoin vous pouvez m'accuser : Son nom garantit tout. Cet esclave est Fulvie, Qui, jalouse en secret des charmes de TuUie, A cru devoir troubler quelques soins innocents Qu'exigeaient d'un grand cœur des charmes si tou-

[chants.

Qui croirait qu'un consul si prudent et si sage Eût été le .jouet d'une femme volage?

Vous rougissez, seigneur; mais c'est avec éclat Que .je veux aujourd'hui me venger au sénat : Car c'est là qu'en consul vous devez me répondre, Et c'est là qu en héros je saurai vous coAfondre. Adieu.

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