SCÈNE PREMIÈRE ARTABAN, TISSAPHERNE
TISSAPHERNE
C'en esl donc fait, seii.'neur, etlheureux Arla-terxe Va faire désormais le destin de la Perse, Tandis que Darius, au mépris de nos lois, Sera sujet d'un trône où l'appelaient ses droits ! Xerxès peut à son ^ré disposer de l'empire; Quelque injuste qu'il soit, son choix doit me sul fire : Mais, sans vouloir entrer dans le secret des rois. Le grand cœur d'Artaban approuve-t-il ce choi.x? Verra-t-il sans regret priver du diadème...
ARTABAN
Et si de son malheur j'élais auteur moi-même? Je suis prêt d'éclaircir tes doutes curieux :
282 XERXÉS.
Mais, avant que d'ouvrir cet abîme à tes yeux, Dis-moi, d'un grand dessein te sens-li; bien capa- Ton âme au repentir est-elle inébranlable? [ble? Je connais ta valeur, j'ai besoin de ta foi; Tissapherne, en un mot, puis-je compter sur toi? Examine-toi bien ; rien encor ne t'engage.
TISSAPHERNE. [trage ?
D'où peut naître, seigneur, ce soupçon qui m'ou- Tant de bienfaits sur moi versés avec éclat Vous font-ils présumer que je sois un ingrat ?
ARTABAN
Je ne fais point pour toi ce que je voudrais faire : Xerxès souvent lui-même a soin de m'en distraire; Il voit notre union avec quelque regret. Je te dirai bien plus, il te hait en secret,
TISSAPHGRNE.
Ah ! seigneur, que Xerxès ou me haïsse ou m'aime, Tissapherne pour vous sera toujours le même. Vous pouvez disposer de mon cœur, de mon bras; J'affronterais pour vous le plus affreux trépas.
ARTABAN
Ami, c'en est assez ; ne crois pas quej'en doute. Mais prends garde qu'ici quelqu'un ne nous écoute.
TISSAPHERNE
Ces lieux furent toujours des Perses révérés : Nul autel n'a pour eux des titres plus sacrés. Xerxès, par vos emplois, vous en a rendu maître : Quel mortel sans votre ordre oserait y paraître ?
ARTABAN
N'importe: craignons tout d'un perfide séjour; On n'observe que trop mes pareils à la cour. Xerxès vient de nommer Artaxerxe à l'empire. C'est moi qui l'ai forcé, malgré lui, de l'élire. J'ai fait craindre à ce roi, facile à s'alarmer, Cent périls pour un fils qui l'a trop su charmer; Et, jaloux d'un héros qu'idolâtre la Perse, J'ai fait, par mes conseils, couronner Artaxerxe. Pour mieux y réussir, j'ai pris soin d'éloigner Celui que tant de droits destinaient à régner. Tandis que Darius, chez des peuples barbares. Nous force d'admirer les exploits les plus rares, Je ne peins à Xerxès ce fils si vertueux Qu'avide de régner, cruel, impétueux.
Du bruit de sa valeur, du prix de ses services, D'un père qui le craint je nourris les caprices.