‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 333 sur 454 · DARIUS, ARTAXERXE · texte numérisé non relu

DARIUS, ARTAXERXE

ARTAÏERXE.

Enfin le ciel, sensible aux souhaits d'Artaxerxe,

Nous ramène un héros adoré de la Perse,

Le plus grand des mortels et le plus généreux.

DARIUS

Mais de tous les mortels, ciel! le plus malheureux. 0 mon cherArtaxerxe! est-cevous que j'embrasse? Venez-vous partager mes maux et ma disgrâce? Si vous saviez quel prix on gardait à ma foi !

ARTAXERXE

De vos regrets, seigneur, confident malgré moi. J'en aile cœur frappé des plus rudes atteintes. Que je crains d'avoir part à de si justes plaintes!

DARIUS

Vous, mon frère ? Eh ! pourquoi vous confondrai s-je,

[hélas! Avec tant de vertus, parmi des cœurs ingrats ? J'éprouverai longtemps une injuste colère, Avant que jeme plaigne un moment de raonfrère ; Trop heureux que le sort m'ait laissé la douceur De pouvoir dans son sein déposer ma douleur! Quelque amour que pour a'ous fasse éclater mon

[père Il ne m'en rendra pas notre amitié moins chère. Si je jouis jamais du pouvoir souverain, Vous verrez si mon cœur vous la jurait en vain,

ARTAXERXE

Ah! seigneur, je vois bien que Darius ignore Toute l'horreur des maux qui 1 attendent encore Je me reprocherais de laisser son grand cœur Plus longtemps le jouet d'une funeste erreur C'est trop de vos bontés vous-même être victime; II faut vous découvrir la main qui vous opprime... Et quelle main, grands dieux ! mais qui, sans le De toutes vos vertus vous a ravi l'espoir, [vouloir , Coupable seulement par mon obéissance.

Ne me soupçonnez pas d'avoir part à l'offense: Croyez que malgré moi l'on vous prive d'un rang

300 XERXÈS

Où VOUS plaçaient mes vœux encorplus que le sang ; Croyez qu'en me parant de la grandeur suprême Xerxès n'a sur son choix consulté que lui-même; Et qu'enfin je ne veux souscrire aux dons du roi Qu'autant que vous voudrez en jouir avec moi.

DARIDS.

Content par ma valeur d'en être jugé digne, Je renonce sans peine à cet honneur insigne; Et, si je suis touché de quelque déplaisir, C'est de voir que mon frère ait osé s'en saisir. SoufTrir que l'on me fît une mortelle injure! Et vous ne voulez pas que mon cœur en murmure! Malheureux que je suis! faut-il en même jour Voir s'armer contre moi la nature et l'amour; Et me voir, par des mains qui me furent si chères, Arracher sans honneur du trône de mes pères! 0 sort! pour m'accabler te resle-t-il des traits?

ARTAXERXE

Ah! daignez par pitié m'ôpargner ces regrets.

DARIUS

Eh! pourquoi voulez-vous que je m'en prive encore, Lorsque tout me trahit, quand on me déshonore ; Lorsqu'au lieu des bienfaits que j'avais mérités Je me vois accabler de mille indignités ; Lorsqu'un père cruel ose avec perfidie.

Sous des prétextes vains m'éloigner de l'Asie ; Troubler des nations qui ne l'offensaient pas, Bien moins dans le dessein d'agrandir ses États Que pour me dépouiller avec plus d'assurance D'un sceptre dont mon bras est l'unique défense ; D'autant plus irrité, qu'à tout autre qu'à vous J'aurais déjà ravi l'espoir d'un bien si doux ; Mais d'autant plus contraint dans ma fureur ex-

[tn'me.

Que je ne puis frapper sans me percer moi-même? Je ne m'étonne plus de voir de toutes parts Mes amis éviter jusques âmes regards; Une amante en courroux me traiter d'infidéle : Un prince sans États n'était plus digne d'elle. Pour vous, je l'avouerai, que parmi m3s ingrats, Après ce que je sens, je ne vous comptais pas. Cruel ! en dépouillant mon front du diadème, 11 ne vous reste plus ([u'à m'ôter ce que j'aime. Libre de l'obtenir d'une superbe loi, Que ne m'arrachez-vous et son cœur et sa foi?

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