ACTE II, SCÈNE VIll. SOl
ARTAXERXE
Eh! comment voulez-vous que je vous la ravisse? Voyez de vos soupçons jusqu'où va l'injustice ! Je vous l'ai déjà dit: croyez que malgré moi Je souscris aux bontés dont m'honore le roi, Que par mon malheur seul je vous ravis l'empire. Ah ! seigneur, ce n'est pas au trône que j'aspire, Mais ce n'est pas non plus à l'objet de vos vœux : Je sais trop respecter vos désirs et vos feux. Je sais que votre cœur soupire pour Bareine, Qu'avec l'Egypte encor le roi vous la destine. Ce n'est pas que]'*^bjet dont mon cœur est charmé Mérite moins, seigneur, la gloire d'être aimé. Ce jour doit éclairer notre auguste hyménée : Daignez ne point troubler cette heureuse journée. Sans offenser l'ardeur dont vous êtes épris, Je crois, seigneur, pouvoir vous nommer Amestris.
DARIUS
Dieux cruels, jouissez du transport qui m'anime! C'en est fait, je sens bien que j'ai besoin d'un crime. Perfide, plus que tous contre moi conjuré, Je puis donc désormais vous haïr à mon gré ! 0 ciel! lorsque je crois dans mon malheur extrême. Pouvoir du moins compter sur un frère que j'aime, Je viens, en imprudent, confier ma douleur Au fatal ennemi qui me perce le cœur!
ARTAXERXE
Ah ! c'est trop m'alarmer : expliquez-vous, de grâce. D'un si dur entretien mon amitié se lasse. Ou calmez les transports d'un injuste courroux, Ou, si vous vous plaignez, du moins expHquez-vous.
DARIUS
Avec ce fer, qui fait le destin de la Perse, Je suis prêt, s'il le veut, d'éclaircir Arlaxerxe. S'il est, autant que moi, blessé de vains discours. Voilà le sûr moyen d'en terminer le cours: De l'amour outragé c'est l'interprète unique. Entre rivaux du moins c'est ainsi qu'on s'explique. Tant que vous oserez vous déclarer le mien, N'attendez pas de moi de plus doux eatrelien.
ARTAXERXE
Vous, mon rival? ô ciel !
DARIUS
Mais un rival à craindre.
808 XERXÈS
ARTAXERXB,
Hélas! que je vous plains !
DARIUS
Je ne suis point à plaindre.
Plaindre un amant trahi, c'est s'avouer heureux. La pitié d'un rival n'est pas ce que je veux; Ainsi que mon amour, ma fierté la dédaigne. Qui ne veut que haïr ne veut pas qu'on le plaigne. Ce serait sans danger faire des malheureux. Dès qu'il leur suffirait qu'on s'attendrit pour eux. Pour moi, qui vois le but d'une pitié si vaine, Je ne veux plus de vous que fureur et que haine. L'amour qui vous attache à l'objet de mes vœux Du sang qui nous unit a rompu tous les nœuds. Dans l'état où je suis, opprimé par un père, Méprisé d'une amante, et trahi par un frère. Plus de leur amitié les soins me furent doux, Et plus leur perfidie excite mon courroux.
ARTAXERXE
Je pardonne aux malheurs dont le sort vous accable Un transport que l'amour rend encormoin'^ cou- Et plus vous m'outragez, plusje sens niapitié Qxible ; D'un oubli généreux flatter mon amitié.
Qu'à mon exemple ici Darius se souvienne Qu'Artaxerxe n'est pas indigne de la sienne ; Mais, s'il veut l'oublier, en s'adressant à moi Qu'il apprenne du moins qu'il s'adresse à son roi.
DARIUS
Vous, ingrat, vous mon roi ! Quelle audace est la Songez... [vôtre î