SCÈNE
AMESTRIS, PHÉNIGE.
AMESTRIS.
Je demeure interdite, et mon âme abattue Succombeau coup mortel dont ce discours me tue. Quoi ! Darius m'aimait, et par un sort fatal II faut que je l'apprenne encor de son rival, D'un rival qui le plaint et qui le justifie, Tandis qu'à de faux bruits mon cœur le sacrifie ! Ai-je bien pu revoir ce prince si chéri, Sans que de ses malheurs mon cœur fût attendri, D'un mensonge odieux sans percer le nuage? Le crime et la vertu n'ont-ils donc qu'un langage? Et des coeurs par l'amour unis si tendrement Se doivent-ils, hélas 1 méconnaître un moment ? A sa vertu du moins j'aurais dû reconnaître Le mortel le plus grand que le ciel ait fait naître : Et cependant, pour prix de sa fidélité. Je l'outrage moi-même avec indignité!
Je me joins au cruel dont la fureur l'opprime! Je pare de mes mains l'autel et la victime ! J'achève d'accabler, au mépris de ma foi, Un cœur qui n'espérait peut-être plus qu'en moi ! Ah I j'en mourrai, Phénice; et ma douleur ex-
[trême...
On ouvre... Quel objet! c'est Darius lui-même. Fuyons, dérobons-nous de ces funestes lieux : Je ne mérite plus de paraître à ses yeux.