‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 340 sur 454 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DARIUS, AMESTRIS, PHÉNICE.

DARIDS.

Demeurez, Âmestris, et d'une âme adoucie Contemplez les horreurs dont mon âme est saisie. Non que ce triste objet de votre inimitié Ose encore implorer un reste de pitié.

Ce n'était pas assez qu'on m'eût ravi l'empire : On me ravit encor le seul bien où j'aspire. J'ai beau porter partout mes funestes regards, Je ne vois qu'ennemis, qu'horreurs de toutes paits.

308 XERXBS.

Je ne veux point ici justifier ma flamme; Je sais par quels détours on a surpris votre âme : J'aimerais mieux mourir encor plus malheureux, Que de vous accabler d'un repentir affreux. Pourvu que, dans l'éclat de la grandeur suprême, Vous ne méprisiez plus un prince qui vous aime; Qui, né pour commander un jour â l'univers, S'honorait cependant de vivre dans vos fers ; J'irai, sans murmurer de mon sort déplorable, Terminer loin de vous les jours d'un misérable. Adieu, chère Amestris. Quoi ! vous versez des pleurs I Qu'une pitié si tendre adoucit mes malheurs !

AMESTRIS.

Ah! prince infortuné, le destin qui t'accable De les persécuteurs n'est pas le plus coupable. Pour prix de tant de soins, pour prix de tant

[d'ardeur.

C'est donc ton Ameslris qui te perce le cœur! Qu'ai-je fait, malheureuse? et par quel artifice A-t-on de tant d'horreurs rendu mon cœur com- Ce cœur à tes désirs si charmé de s'offrir, [pHce A tes moindres discours si prêt à s'attendrir ; Ce cœur qui, tout ingrat qu'il eut heu de te croire. Te gardait cependant la plus tendre mémoire; Mais, hélas! aujourd'hui plus coupable à tes yeux Qu'un ministre insolent, un roi faible, et les dieux ! C'est en vain que ton coeur absout le mien du Avec mon repentir ma fierté se ranime, [crime ; Ce n'est plus par des pleurs et par de vains trans-

[ports Que je puis contenter mon cœur et mes remords; Viens me voir, tout en proie à ma juste colère. Braver la cruauté de ton barbare père.

Te jurer à ses yeux les transports les plus doux, Maigre tout son pouvoir t'accepter pour époux, T'oilrir de mon amour les plus précieux gages, Ou du moins par ma mort expier mes outrages.

DARiUS.

Arrêtez, ma princesse. Ah ! c'en est trop pourmoi. Je ne crains plus le sort, mon frère, ni le roi; Laissez-moi seul ici conjurer la tempête. Je vais à mon rival disputer sa conquête : Ce cœur qui m'est rendu décide de son sort : Son hymen désormais est moins sûr que sa mort.

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