‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 344 sur 454 · ACTE III, SCÈNE VI. 3H · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. 3H

Mon cœur au désespoir ne peut plus se contrain- Avantque de m'ôterrobjetde mon amour, [dre) : Il faudra me priver de la clarté du jour. Tant que d'un seul soupir j'aurai part à la vie, Amestris à mes yeux ne peut être ravie ; Je la disputerai de ce reste de sang [flanc :

Que mes derniers exploits ont laissé dans mon A moins que votre bras plus cruel que la guerre. De ce malheureux sang n'arrose ici la terre ; De ce sang toujours prêta couler pour son roi, Tant de fois hasardé pour lui prouver ma foi. Eh! qui de vos sujets, plus soumis, plus fidèle, Jamais par plus de soins sut signaler son zèle? Eh! qu'a donc fait, seigneur, ce rival si chéri, Loin du bruit de la guerre et des tentes nourri, Peut-être sans vertu que l'honneur devons plaire, Pour être de mes droits l'heureux dépositaire ? Pour faire à vos soldats approuver votre choix. Qu'il nomme les États conquis par ses exploits ; Qu'il montre sur son sein ces nobles cicatrices. Titres que pour régner m'ont acquis mes services. Droit du sang, zèle, exploits, seigneur, j ai tuut

[pour moi ; Et cependant c'est lui que vous faites mon roi I

Si vous eussiez moins fait, vous le seriez peut-être ; Mais je n'ai pas voulu m'associer un maître. Darius, pour régner comptant pour rien ma voix, A cru qu'il suffisait que mon peuple en fit choix, On ne vous voi* jamais traverser Babylone, Qu'aussitôt à grands flots il ne vous environne : Vous semblez ne courir à de nouveaux exploits Que pour venir après nous imposer des lois. Artaxerxe d'ailleurs est issu d'une mère Qu'un tendre souvenir me rendra toujours chère : La vôtre, de concert avec mes, ennemis, De mon sceptre, en naissant, déshérita son fils. Non que de mon courroux la constance inhumaine Vous ait fait après elle hériter de ma haine : Je veux bien avouer qu'après tant de hauts faits Vous ne méritiez pas le sort que je vous fais. Prince, quoi qu'il en soit, je veux qu'on m'obéisse; J'exige encor de vous ce second sacrifice; Partez.

312 ■ XERXES

DARIUS

Qui? moi, seigneur?

XERXÈS

Oui, vous, audacieux.

Avant que le soleil disparaisse à mes yeux, Si vous n'êtes parti, c'est fait de votre vie. Arlaban, c'est à toi que ton roi le confie : De son sort désormais je te laisse le soin.

DARIUS

Roi cruel, père injuste, il n'en est pas besoin; Mon sort est dans mes mains.

(il porte la main sur son épée.)

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