ACTE III, SCENE VU
Et ce n'est pas de moi que vous deviez l'attendre • Mais voire père en vain me comble de bienfaits, Lorsqu'il s'agit, seigneur, d'expier mes forfaits. Dans la nécessité de me donner un maître, J'en veux du moins prendre un qui soit digne de Qui de nos ennemis sache percer le flanc, [l'être, Et qui sache juger du prix de notre sang; Non de ces faibles rois dont la grandeur captive S'entoure de flatteurs dans une cour oisive. Mais un roi vertueux, connu par ses hauts faits, Tel enfin que le ciel vous offre à nos souhaits. Artaban désormais n'en reconnaît point d'autre, n ne tiendra qu'à vous d'être bientôt le nôtre. Je vous offre, seigneur, mes trésors et mon bras. Faisons sur votre choix prononcer les soldats ; Vous verrez quel secours vous en pouvez attendre.
DARIUS
Quel étrange discours m'ose-t-on faire entendre I Je n'ai que trop souffert ce coupable entretien, Artaban juge-t-il de mon cœur par le sien? S'il est assez ingrat, assez lâche, assez traître. Pour oublier si tôt tous les bienfaits d'un maître Qui l'a de tant d'honneurs comblé jusqu'aujuur-
[d'hui, Il peut chercher ailleurs des ingrats tels que lui. Pour moi, soumis aux lois qu'impose la nature, Je me reproche même un frivole murmure : Je respecte en mon roi le maître des humains; J'adore en lui du ciel les décrets souverains, Dont les rois sont ici les seuls dépositaires, Et non pas des sujets faibles et téméraires. Qui? moi trahiv Xerxès! moi troubler ses États l Ah! ne me parlez plus de pareils attentats.
ARTABAN
C'est mal interpréter le zèle qui me guide.
DARIUS
Ce zèle, quel qu'il soit, ne peut qu'être perfide.
ARTABAN
Seigneur, dés que le ciel vous fit naître mon roi...
DARIUS
Laissons là ce vain titre ; il n'est plus fait pour moi. Ce zèle est trop outré pour être exempt de piège: Je ne puis estimer qui me veut sacrilège.
ARTABAN
gt moi, seigneur, et moi, charmé de vos vertus.
314 XERXËS.
J'admire Darius, et l'en aime encor pfus : Je suis touché de voir un cœur si magnanime, Avec tant de raisons de recourir au crime, Conserver cependant pour son père et son roi, Malgré son injustice, une si tendre foi. Que je plains l'univers de perdre un si grand maître 1 Ah ! seigneur, c'est ainsi qu'on est digne de l'être : C'est par des sentiments si grands, si généreux, Qu'on mérite en effet notre encens et nos vœux. Il n'est que Darius, seul semblable à lui-même, Qui puisse renoncer à la grandeur suprême, A l'éclat, aux honneurs d'une pompeuse cour, Et peut-être immoler jusques à son amour.
DARIUS
Ahl cruel Artaban, quelle fureur vous guide! Kl que prétend de moi votre adresse perfide? Laissez-moi mon respect, laissez-moi mes remords; N'excitez pointcontre eux de dangereux transports. Je sens qu'au souvenir de ma chère princesse Toute ma vertu cède à l'ardeur qui me presse. Pour conserver un bien qui fait tout mon bonheur, Il n'est rien qu'en ces lieux ne tente ma fureur. S'il est vrai que mon sort vous intéresse encore, Sur ce point seulement Darius vous implore.
ARTABAN
Eh bien ! seigneur, eh bien ! pour vous la conserver, De ces lieux, s'il le faut, je la vais enlever. Je vous puis cependant offrir une retraite Contre vos ennemis, sûre autant que secrète.
En quels lieux?
ARTABAN
C'est ici, dans ce même palais Dont Xerxès prétendait vous exclure à jamais. Pour mieux vous y cacher j'écarterai la garde : Le droit d'en disposer seul ici me regarde. Du moment que la nuit aura voilé les cieux. Nous pourrons enlever Amestris de ces lieux. Quoi! Darius balance! Et quelle est son attente? Qu'on lui vienne ravir le jour et son amante? Acceptez le secours que j'ose vous offrir: A vos ordres, seigneur, ce palais va s'ouvrir.
DARIUS
Moi, dans ces lieux sacrés que j'ose m'introduire