‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 358 sur 454 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

ARTABAN

Le soleil va bientôt chasser d'ici la nuit.

Et de mon crime heureux éclairer tout le fruit.

326 XERXÈS

Darius est perdu : sa tête infortunée

Sous le couteau mortel va tomber condamnée.

De ma fureur sur lui rejetant les horreurs,

De la soif de son sang j'ai rempli tous les cœurs.

De leur amour pour lui je ne crains plus l'obstacle:

Sa tête à ses sujets triste et nouveau spectacle,

Va me servir enfln, dans ce jour éclatant,

De degré pour monter au trône qui m'attend.

11 ne me reste plus qu'à frapper Artaxerxe :

Il est si peu fameux, si peu cher à la Perse,

Que, parmi les frayeurs d'un peuple épouvanté,

A peine ce forfait me sera-t-il compté.

A travers tant de joie un seul souci me reste ;

C'est de mes attentats le complice funeste,

Le lâche Tissapherne, indigne d'être admis

A l'honneur du forfait que ma main a commis.

Je l'ai vu, dans le temps que mon cœur magnanime

S'immolait sans frémir une illustre victime.

Pâlir d'efîroi, m'offrir, d'une tremblante main,

Le secours égaré d'un vulgaire assassin.

On eût dit, à le voir, dans ce moment terrible

Où le sang et les cris me rendaient inflexible.

Considérer l'autel, la victime, et le lieu,

Que sa main sacrilège allait frapper un dieu.

Dès qu'à de tels forfaits l'ambition nous livre,

Tout complice un moment n'y doit jamais survivre :

C'est vouloir qu'un secret soit bientôt révélé.

Ou complice ou témoin, tout doit être immolé.

Tandis qu'ici la nuit répand encor ses ombres.

Précipitons le mien dans les royaumes sombres.

Il faut que de ce fer, teint d'un si noble sang.

Pour prix de sa pitié je lui perce le flanc.

Allons... Mais quel objet âmes yeux se présente !

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