‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 359 sur 454 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

AKTABAN.

Et que dil-on ?

BARSINE.

Qu'une perfide main Du malheureux Xerxès vient de percer le sein.

ARTABAN

Que peut vous importer cette affreuse nouvelle ? Et quel soin si pressant près de moi vous appelle?

BARSINE.

On dit que Darius de ces barbares coups,

Peut-être injustement, est accusé par vous.

Je vois qu'ici pour lui tous les cœurs s'intéressent.

ARTABAN

Je vois en sa faveur que trop de soins vous pressent: C'est vous inquiéter du sort d'un malheureux Plus que vous ne devez et plus que je ne veux.

BARSINE.

Je vois qu'ici l'envie attaque votre gloire : [croire. Pour moi, je sais, seigneur, tout ce que j'en dois Mais si, malgré l'horreur d'un si noir attentat. Vous pouviez conserver Darius à l'État, Les Perses, enchantés de sa valeur suprême, Croiraient ne le devoir désormais qu'à vous-même. En les satisfaisant, vous pourriez aujourd'hui De ce prince, d'ailleurs, vous faire un sûr appui. Rendez à l'univers ce héros magnanime.

Que, malgré vous, le peuple absout déjà du crime.

ARTABAN

C'est-à-dire qu'il faut, pour contenter vos vœux, Queje mette aujourd'hui lecrime entre nousdeux; Et peut-être, bien plus, pour sauver le perfide, Que je me charge ici moi seul du parricide ? Fille indigue de moi, qui crois m'en imposer, Ce n'est pas à mes yeux qu'il faut se déguiser, [dre: Les cœurs me sont ouverts ; rien ne te sert de fein- Des faiblesses du tien parle sans te contraindre; Dis-moi que pour l'ingrat ton lâche cœur épris Des transports les plus doux paye tous ses mépris ; Que, ce cœur démentant et sa gloire et ma haine, Le soin de le sauver est le seul qui t'amène : Et je le répondrai ce qu'un cœur généreux Doit répondre, indigné d'un amour si honteux. Lâche ! pour ton amant n'attends aucune grâce : La pitié dans mon cœur n'a jamais trouvé place. Pour peu qu'à l'émouvoir elle ose avoir recours,

328 XERXÈS

Barsine peut compter que c'est fait de ses jours.

BARSINE.

C'en est donc fait, seii^neur, vous n'avez plus de

ARTABAN. [fille.

Opprobre désormais d'une illustre famille, El qu'importe à ton père ou ta vie ou ta mort ? Va, fuis loin de mes yeu x , crains un juste transport. On vient : éloigne-toi, si tu ne veux d'un père Éprouver ce que peut une juste colère.

(Barsine sort.)

Ce n'estpoint par despleurs que l'on peut émouvoir Un cœur qui ne connaît amour, lois, ni devoir. Artaxerxe paraît, achevons notre ouvrage : Mais, avant que ce coup signale mon courage, Je veux que par mes soins Darius immolé Soulève contre lui le peuple désolé; Faisons-en sur lui seul tomber toute la haine,

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