ACTE I, SCENE II
Qui fit à l'univers, dès l'âge le plus tendre, Par un nouvel Achille oublier Alexandre! Du nom de ses aïeux s'il n'est pas informé, Son grand coeur se sent bien du sang qui l'a formé. Il passe pour mon fils, et ma tendresse extrême Redouble chaque jour pour cet autre moi-même. Mais, hélas! que lui sert ma funeste amitié, Quand les dieux et le sort sont pour lui sans pilié?
ANDROCLIDE.
J'ai toujours soupçonné, malgré votre silence. Que Pyrrhus, en secret élevé dès l'enfance, Sous le nom dHélénus cachait dans votre fils Le précieux dépôt que je vous ai remis. Mais, seigneur, quel péril si pressant le menace, Lui dont tout l'univers craint le bras et l'audace? Pyrrhus est-il de ceux pour qui l'on doit trembler?
GLAUCIAS.
Le coup est cependant tout prêt à l'accabler. Tu sais, lorsque Hélénus eut reconquis l'Épire Qui fut de ses aïeux le légiiime empire. Que je te confiai le soin de conserver Ces Etats qu'en secret j'avais fait soulever, Et dont enfin je fis sortir Néoptolème. Hélénus, n'écoutant que son ardeur extrême. Poursuivit l'inhumain qui fuyait devant lui. Cassanderle reçut, et devint son appui; Cassander, de tout temps ennemi d'/Eacide, Arma pour soutenir son ami parricide.
Mais ils crurent en vain arrêter le vainqueur : Hélénus remplit tout de carnage et d'horrrur, Les atteignit enfm vers les murs d'Ambracie; Lieu fatal! jour funeste au repos de ma vie ! Hélénus, plein d'ardeur et l'œil étincelant. N'avait jamais paru ni plus fier ni plus grand. Mais, s'il fit voir alors Achille formidable, Il ne nous fit pas voir Achille invulnérable : Il fut blessé. Mon fils, jaloux de sa valeur, Crut pouvoir par lui seul réparer ce malheur. Et poursuivre sans crainte une sûre victoire, Dont Hélénus devait s'attribuer la gloire; Mais ce fut pour servir de triomphe au vainqueur : 11 fut défait et pris. Juge de ma douleur, Quand je vis Illyrus tomber en la puissance De ceux qu'au désespoir réduisait ma vengeance. A peine je rendis un reste de combat.
Hélénus languissait, et manquait au soldai, Qui, l'ayant vu couvert de sang et de poussièrr, Et croyant qu'il touchait à son heure dernière, Malgré mes vains efforts plia de toutes parts; Et je me crus enfin, après mille hasards, Trop heureux de pouvoir regagner l'Illyrie, Moi qui me préparais à conquérir l'Asie,
ANDROCLIDE.
L'état où j'ai trouvé votre peuple réduit De ce cruel revers ne m'a que trop instruit. Mais, quel que soit ici le sort qui le menace. Vous pouvez dlllyrus réparer la disgrâce, Seigneur : dès qu'Hélénus survit à ce malheur, Quelles pertes pourraient étonner votre cœur? Je ne vois point encor ce que vous devez craindre.
GLAOCIAS.
Écoute, et tu verras si mon sort est à plaindre. Néoptolème, enflé de ses heureux succès, Prétend s'en assurer le fruit par une paix. Il sait que Pyrrhus vit, et que j'en suis le maître; Que son intérêt seul m'arme contre le traître: Il m'a fait proposer de lui livrer Pyrrhus ; Qu'il mettait à ce prix le salut d'illyrus; Mais que, pour épargner mon honneur et ma gloire, Et ne me point souiller d'une action si noire Qui décréditerait et mon nom et ma foi. Cet article serait entre lui seul et moi. Dans ce cruel séjour voilà ce qui m'amène. Lysimachus, qui veut terminer notre haine, S'est de lui-même offert pour garant du traité. Néoptolème et moi nous l'avons accepté, [zance. Tous deux depuis huit jours dans les murs de By- Nous nous sommes tous deux remis en sa puissance. Enfin Lysimachus, garant de notre paix, A de soldats sans nombre investi ce palais: Nul n'en saurait sortir sans un ordre suprême Qui vienne de ma part, ou de Néoptolème, Qu'on laisse cependant disposer de mon fils. Mais le barbare y met un trop indigne prix. 11 veut plus ; il prétend s'unir à ma famille : Fier du penchant qu'il voit en mon fils pour sa Il prétend qu'elle soit le lien d'une paix [fille, Qu'aux dépens de Pyrrhus on ne verra jamais. Non, je ne puis souffrir qu'une si belle vie Serre les nœuds sanglants de l'hymen d'Éricie ;