SCÈNE
GLAUaAS, ANDROCLIDE.
ANDROCLIDE.
Seigneur, un sort plus doux n'a pas servi le zèle D'un sujet malheureux, et cependant fidèle, Peu digne des honneurs dont il fut revêtu, Capitaine sans gloire et soldat sans vertu, Que rillyrie a vu de retraite en retraite Mendier des secours garants de sa défaite, Réduit à déclarer la honte et le malheur D'un combat dont un autre a remporté l'honneur. Cassander m'a vaincu : sa fureur et ma fuite N'ont laissé qu'un bûcher. dans l'Épire détruite. Tout ce qu'avait conquis la valeur d'Hélénus, Tout ce que j'avais fait en faveur de Pyrrhus,
A suivi le succès d'une lâche victoire Que le tyran obtint et poursuivit sans gloire ; Et pour comble de maux, seigneur, je vous revoi Parmi des ennemis sans honneur et sans foi. Puis-je, sans succomber à ma frayeur extrême, Voir le roi d'Illyrie avec Néoptolème?
GLAUCIAS.
Calme le vain efTroi dont ton cœur est saisi : Un intérêt plus grand doit le toucher ici. Mes pertes, mes périls, n'ont rien d'assez terrible Pour un roi que l'honneur éprouve seul sensible. Tu ne sais pas encor jusqu'où va mon malheur: Apprends tout. Mais, avant que de t'ouvrir mon
[cœur, Px'ends garde si quelqu'un ne pourrait nous en-
[tendre.
Pyrrhus avec le jour près de moi doit se rendre. Le soleil va bientôt se montrer à nos yeux. Et c'est Pyrrhus surtout que je crains en ces lieux.
ANDR.0CLIDE.
Vous me parlez toujours d'un roi que je révère: Vous savez à quel point je fus chéri du père. Lorsque Néoptolème, armé contre ses jours. Par un noir parricide en eut tranché le cours, Vous savez que c'est moi qui, trompant le perfide, Sauvai de sa fureur les enfants d'iÊacide : Je vous remis Pyrrhus encor dans le berceau. Qui pour lui, sans vos soins, eût été son tombeau: Pénétré des malheurs qui l'avaient poursuivie. Vous jurâtes, seigneur, de défendre sa vie. Mais, depuis que Pyrrhus est en votre pouvoir. Il ne m'a pas été permis de le revoir ; Et c'est des immortels le seul bien que j'implore.
GLAUCIAS.
Tu l'as vu mille fois, tu vas le voir encore.
Tes yeux peuvent-ils bien se méprendre à Pyrrhus?
Quoi ! tu peux méconnaître, en voyant Hélénus,
La majesté des traits du redoutable Achille,
Sa fierté, sa valeur, son courage indocile,
Un héros, en un mot, si digne de celui
Dont le nom seul encor fait trembler aujourd'hui;
Qui n'a point démenti le sang qui l'a fait naître
(Il en est digne autant qu'un mortel le peut être) ;
Qui reçut dans son cœur, avec le sang des dieux,
Tout l'éclat des vertus que l'on adore en eux;