‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 386 sur 454 · ACTE II, SCENE IV. SS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. SS

Ne suivent pas toujours le char de la victoire : Il en est qu'on ne doit imputer qu'au hasard. La vôtre est de ce rang : le sort vous en fit paît, Et l'arracha des mains d'un ennemi terrible, Dont vous n'aviez pas cru la défaite possible. Si mon sang répandu vous a fait triompher, Ce n'est pas vous du moins qui le fîtes couler. Le sort à mes pareils peut garder un outrage ; Mais l'on n'obtient sur eux de parfait avantage, Qu'on ne les ait privés de la clarté du jour, Ou l'on en peut trop craindre un funeste retour. Seigneur, je vous ai dit que j'aimais la princesse ; Ses charmes peuvent seuls égaler ma tendresse : Mais je n'ai désiré ([ue son cœur et sa inain. Ma valeur peut lui faire un assez haut destin, Sans que j'aille à Pyrrhus ravir un diadème Qui deshonorerait votre fille elle-même.

Pour vous, qui vous osez déclarer mon vainqueur, Montrez des sentiments dignes de tant d'honneur,

NÉOPTOLÈME

Je vois bien qu'il est tempsqueje me fasse entendre, Et que vous sachiez, vous, ce que j'ose prétendre. Je ne sais de quel prix Éricie est pour vous ; Mais, si de l'obtenir votre amour est jaloux, Si sa main est un bien qui vous semble si rare, Il faut qu'à me servir votre cœur se prépare. Je demande Pyrrhus ; ma fille est à ce prix : Tuut autre n'est pour moi que refus ou mépris. Voilà ce que de vous exige ma vengeance. Vous, qui sur Glaucias avez toute puissance, Porlez-le dès ce jour a remplir mes souhaits. Ou déterminez-vous à ne nous voir jamais.

Vous-même eussiez en vain tenté cette entrevue Sans les soins d'Éricie, à qui seule elle est due : Mais sur cet entretien si l'on m'eût pressenti, Un mépris éternel m'en aurait garanti.

Barbare ! voilà donc le fruit de votre estime, Un hymen qui pour dot m'apporterait un crime ! Dès qu'il faut s'allier à vous par un forfait, Gardez à Cassander ce funeste bienfait.

Et ne vous vantez plus d'être du sang d'Achille. Ce sang, (jui fut toujours en héros si fertile, INepouriait inspirer des sentiments si bas. Vous en êtes souillé, mais vous n'en sortez pas.

Si je pouvais penser que la jeune Éricie Eùl reçu vos peuchanls de vous avec la vie, Ce ne sérail pour moi qu'un objet plein d'horreur. Cruel ! si vous voulez lui conserver mon cœur, Déduisez mieux du moins cet affreux caractère Qui me ferait rougir de vous nommer mon père; Montrez-moi des vertus qui vous fassent aimer, Et qui dans mou amour puissent me confirmer. Ce n'est pas votre rang, c'est la vertu^ue j'aime : Sans elle, vous m'offrez en vain un diadème. Dussiez-vous m'élever à des honneurs divins, Je vous préférerais le plus vil des humains. Je me vois à regret forcé de vous confondre ; M lis vous deviez prévoir ce que j'ai dû répondre.

NÉOPTOLÈME

II bien ! prince, suivez ces transports généreux ; M lis ressouvenez-vous que pour vous rendre heu-

[reux J'ai voulu pénétrer jusqu'au fond de votre âme, Et voir ce que pour nous oserait votre flamme : Car sans votre secours je serai satisfait. Vous m'avez de Pyrrhus fait en vain un secret; Il est en mon pouvoir : c'est Iliyrus lui-même, Que son triste destin livre à Néoptolème.

HÉLÉN us.

Qui? lui Pyrrhus, seigneur ! Mais non, pensez-y NÉOPTOLÈME. [bien...

Adieu: vous-même ici pesez notre entretien. Je n'oublierai jamais un refus qui me blesse, Elj'en vais de ce pas instruire la princesse.

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