‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 385 sur 454 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Je reconnais enfin l'ubjel de mon courroux, 1 est entre mes mains : le prince d'IIlyrie N'est autre que Pyrrhus que l'on me sacrifie, Puis-je en douter encor ? Mais je vois Hélénus. J'éclaircirai bientôt mes soupçons sur Pyrrhus.

SGÈiNE IV

HÉLÉNUS, INÉOPTOLÉME.

NÉOPTOLÈME

Héros dont les exploits font revivre Alexandre, Ou plutôt qui semblez renaître de sa cendre ; Qui, jeune encore, osez faire voir aux humains Qu'on peut même prétendre à de plus hauts destins ; Souffrez qu'un ennemi sorti du sang d'Achille, Sang qui n'offrit jamais un hommage servile. S'acquitte cependant des innocents tributs Que tout cœur généreux doit rendre à vos vertus. Le mien, quoique irrité d'une guerre inhumaine, Vous partagea longtemps son estime et sa haine ; Mais l'estime eut toujours de quoi la surpasser ; Et ce que l'une a fait, l'autre veut l'etlacer. J'ai proposé la paix, et la main d'Éricie ; Je l'ai moi-même offerte au prince d'IIlyrie. Pouvais-je présumer que ses faibles attraits. D'un triomphe plus beau comblant tous mes sou-

[hails, Subjugueraient, seigneur, un guerrier intrépide Qui de nouveaux lauriers paraît toujours avide ? C'est à lui que je parle, et je n'ai pas besoin De rappeler ses traits et son nom de plus loin. Daignez me confirmer un amour qui me flatte. Les moments nous sont chers ; il est temps qu'il Seigneur,c'estunaveuquej'exige devons, [éclate, Et je n'en puis entendre un qui me soit plus doux.

HÉLÉNUS

Les charmes d'Éricie, et tout ce qu'elle inspire, En disent plus, seigneur, que je n'en pourrais dire ; Heureux si les vertus dont vous m'avez flatté Lui paraissaient d'un prix digne de sa beauté ! Il est vrai que je l'aime, et n'en fais point mystère J'ai cru même devoir l'avouer à mon frère : Mais Glaucias l'ignore, et du don de ma foi Je ne puis disposer sans l'aveu de mon roi,

Crùbillon, 12

SSi PYRRHUS.

Mon cœur, ind^'pelldant ilu pouvoir arbitraire, Se livre sans contrainte à ce qui peut lui plaire; Mais cette liberté n'étend pas son pouvoir Jusqu'à braver les lois d'un trop juste devoir. Je fais gloire du mien, et jamais pour un père Amour ne fut plus grand, ni respect plus sincère; Mais c'est moins en sujet que je lui suis soumis, Que par des sentiments qui sont plus que d'un fils.

NÉOPTOLÈME

S'il est vrai qu'Hélénus brûle pour Éricie, Prince, je réponds d'elle et du roi d'illyrie. Glaucias vous chérit, et verra sans regret Le choix que mon estime et votre amour ont fait. Quel successeur plus grand et plus digne d'Achille Pouvais-je présenter a l'Épire indocile? [feux, Qu'il m'est doux de pouvoir, en couronnant vos Rendre à la fois ma fille et mes sujets heureux 1

HÉLÉNDS.

Cessez de vous flatter d'une espérance vaine : Glaucias à la paix peut immoler sa haine. Mais ne souffrira point que je sois possesseur D'un trône dont Pyrrhus est le seul successeur. Nos malheurs, il est vrai, vous en ont rendu maître, Et tant que vous vivrez vous pourrez toujours l'être : Je doute cependant qu'on vous laisse jamais Le droit d'en disposer au gré de vos souhaits. Mon hymen, ou celui du prince d'illyrie. Pourra vous garantir et le sceptre et la vie ; Mais Pyrrhus, après vous reprenant tous ses droits, A l'Épire, seigneur, doit seul donner des lois. Qui peut lui disputer alors ce diadème? El, malgré mon amour, savez-vous si moi-même Je pourrais consentir à l'en voir dépouiller. Et d'un trône usurpé ma gloire se souiller ?

NÉOPTOLÈME

Et quel est donc le but de la paix qu'on demande, S'il faut que de Pyrrhus ma couronne dépende ? Je n'aurai donc vaincu que pour être soumis, El que pour voir sur moi régner mes ennemis ; Que pour voir un hymen qui dépouille ma fille. Comme une grâce encor qu'on fait à ma famille ! Le sort, en remettant la victoire en nos mains, Nous a fait concevoir de plus nobles desseins.

HÉLKNOS.

Oui, vous avez vaincu; mais l'honneur et la gloire

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