ACTC III, SCENE II
Ce n'est pas se llaLter que de craindre, madame. Jamais un faux orgueil n'a corrompu mou âme : La vertu seule y mit une noble fierté, Que l'amour laisse agir, même avec dignité ; Qui n'a fait aujourd'hui que ce qu'elle a dû faire. Heureux d'être un objet peu digne de colère. Qui, n'osant me tialter de l'honneur d'être aimé, Crois mériter du moins celui d'être estimé ! Madame, je vois trop qu'un récit peu fidèle M'a fait de mon devoir une lâche querelle ; Mais, si votre courroux vous parait trop pour moi, Songez qu'ici le mien doit causer de retî'roi. Ceux qui de mes refus ont noirci l'innocence En recevraient bientôt la juste récompense, Si mon amour pour vous ne daignait retenir Un bras qui n'est souvent que trop prompt à punir. Malgré tous vos mépris, je sens que je vous aime : Mais je n'ai jamais tant haï Néoptolème. Si jamais votre cœur a pu trembler pour lui. Dans les murs de Byzance arrêtez-le aujourd'hui. Je souscris à la paix ; qu'on me rende mon frère: Osez le demander vous-même à votre père; Prévenez sur ce point un amant furieux. Qui, hors vous, n'aura rien de sacré dans ces lieux.
ÉRICIE.
Cruel ! c'est donc ainsi que votre amour s'exprime ! Voilà ce feu si beau qui pour moi vous anime. Et l'hommage d'un cœur qm ne se donne à moi Que pour rempUr le mien de douleur et d'effroi ! On m'aime, et cependant il faut que je fléchisse ! On m'adore, et c'est moi qa' ^ois le sacrifice! Il faut de mon devoir que j'efoutTe la voix. Et que de mon amant je subisse les lois! De l'amour supphant l'orgueil a. pris la place ; Et je vois à ses soins succéder la menace. Les refus, les mépris, la lierté, la terreur. Vos transports les plus doux ne sont que de fureur, Impétueux amant, dont l'ardeur téméraire Ne déclare ses feux qu'en déclarant la guerre. Inspira-t-on jamais l'amour par la frayeur? C'est ainsi qu'IIélénus se rend maître d'un cœur ! Il ordonne en tyran ; i! faut le satisfaire. Barbare ! ma fierté vous devrait le contraire ; Je devrais n'écouter que mon juste courroux : Mais je veux me venger plus noblement de vous.
3f.O PYRRHUS.
Je veux qu'en gémissant Hélénus me regrette, Et qu'il sente du moins la perte qu'il a faite. Il ne tenait qu'à vous de faire mon bonheur : L'amour à cet espoir ouvrait déjà mon cœur; Heureuse de pouvoir offrir un diadème, Sans rechercher en vous d'autre bien que vous- Je ne me vengerai de vos refus honteux [même. Qu'en vous faisant rougir de mes soins généreux. Puisque vous le voulez, je vais trouver mon père, Tenter, pour le fléchir, les pleurs et la prière ; Je vais pour vous, ingrat, tomber à ses genoux, Et faire ce qu'on vain j'attends ici de vous.