SCÈNE V GLAUCIAS, ÉRICIE
GLAUCIAS.
Princesse, un ennemi qui ne l'est qu'à regret,
Et qui touche peut-être à son heure dernière,
Osera-t-il ici vous faire une prière?
S'il fut longtemps l'objet de votre inimitié,
II ne doit plus, hélas ! l'être que de pitié.
Les dieux viennent sur moi d'épuiser leur colère.
Je n'ai rien oublié pour fléchir votre père ;
Mais le cruel qu'il est me redemande un bien
Que ma pitié protège, et qui n'est pas le mien.
Il veut Pyrrhus; il veut que je lui sacrifie
Le malheureux dépôt que le ciel me confie;
Il veut, à mon honneur portant le coup mortel,
Couvrir mes cheveux blancs d'un affront éternel,
Et plonger dans l'horreur les restes de ma vie.
Plaignez mon triste sort, généreuse Ericie :
Vous êtes désormais mon unique recours;
A des infortunés prêtez votre secours.
Je sais, dans les faveurs dontJe ciel vous partage,
Que la beauté n'est pas votiv^eul avantage,
Et que les dieux, sur vous épuisant leurs bienfaits,
Ont de mille vertus enrichi vos attraits.
Mon cœur, prêt de vous voir unie à ma famille,
Vous prodiguait déjà le tendre nom de fille :
Mais, puisque le destin me ravit la douceur
D'un bien qui m'eût comblé de joie et de bonheur,
Je veux traiter pour vous un plus noble hyménée.
De vous et de Pyrrhus unir la destinée.
Je sais que je ne puis former ces tristes nœuds
Sans outrager les lois, la nature et les dieux;
Mais la paix ne veut pas un moindre sacrifice.
Rendez à cet hymen votre père propice.