‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 404 sur 454 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

El que vous aimez mieux déshonorer mon père, Pour m'en laisser à moi la douleur tout entière. Et me faire haïr qui m'a donné le jour. Voilà ce que Pyrrhus gardait à tant d'amour ! Hé bien ! cruel, allez trouver Néoptolème ; Puisque vous le voulez, je vousrends àvous-même: Mais, dans tous vos transports de générosité. Je vois moins de vertu que de férocité.

Ne me reprochez point une vertu farouche : L'honneur ainsi le veut, et l'honneur seul me touche. S'il se pouvait trouver d'accord avec mes jours, "Vous ne m'en verriez point précipiter le cours. Comme mortel, je sens tout le prix de la vie ; Comme amant, tout le prix d'être aimé d'Éricie : Mais Pyrrhus, en héros épris de vos appas, Se met, en immortel, au-dessus du trépas.

ÉRICIE.

Vous prétendez en vain qu'au gré de votre envie Je vous laisse, seigneur, maître de votre vie. Si vous ne rejetez vos projets inhumains, Je cours à Glaucias découvrir vos desseins.

Si vous m'aimez encor, gardez de l'entreprendre. Belle Éricie, au nom de 1 amour le plus tendre, N'abusez point ici des secrets d'un amant Qui pourrait de dessein changer en un moment. Considérez sur qui tomberait ma colère : Vous plaignez un amant, vous pleureriez un père. En faveur de Pyrrhus tâchez de le fléchir, J'y consens; mais daignez ne le point découvrir, Et ne lui faites point mériter votre haine. Qu'espérez-vous enfin d'une pitié si vaine? Songez que, dans l'état où m'a réduit le sort, Il ne me reste plus que l'honneur de ma mort. Ne me l'enviez point, et respectez ma gloire; Vivez pour en garder une tendre mémoire, Et cessez de vouloir partager mes malheurs ; Laissez mourir Pyrrhus digne enfin de vos pleurs. Adieu, madame ; allez trouver Néoptolème : J'irai dans un moment le rejoindre moi-même. M'exposer plus lonpiemps à tout ce que je vois. C'est moins braver la mort que mourir mille fois-

(il sort.

374 ÏYRRHUS.

ÉRICIE.

Quoi ! seigneur, vous iriez vous livrer à mon père ! Ah! puisqu'ea vos fureurs votre cœur persévère, L'inlloxible Pyrrhus, qui déchire le mien, Va le voir surpasser la fermeté du sien. Mais Glaucias paraît. Quel soin ici l'appelle? Éclatez, vains transports de ma douleur mortelle, Et laissez dans mes pleurs lire un triste secret.

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