‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 410 sur 454 · SCÈNE ill · texte numérisé non relu

SCÈNE ill

PYRRHUS, NÉOPTOLÈME, gardes.

NÉOPTOLÈMK.

Seigneur, enfin la paix, si longtemps attendue,

ACTK V, SCKNE III. 38 1

M'est redonnée ici par ce même héros

Dont la seule valeur nous causa tant de maux.

Heureux si celte paix, qui tous deux nous rapproche,

Pouvait être entre nous exempte de reproche !

Mais on doit pardonner aux soins de ma grandeur

Ce que semble de vous exiger ma fureur.

Je sais ce qu'il en coûte à des cœurs magnanimes,

Lorsqu'il faut immoler d'innocentes victimes.

PYRUnCS.

Ne te sied-il pas bien de t'en justifier, Toi qui nous as contraints à les sacrifier? Épargne à ton honneur un discours inutile. Qui doit faire rougir un descendant d'Achille, Et ne nous fais pas voir, pour la seconde fois, Un sujet altéré du meurtre de ses rois.

NÉOPTOLÈME

Ai-je bien entendu ? Quel sinistre langage ! A me l'oser tenir qu'est-ce donc qui t'engage ? Pourquoi par Cynéas me faire pressentir Sur un espoir trompeur que tu viens démentir? Est-ce en me préparant des injures nouvelles Que Ion croit terminer de si grandes querelles ? Tu déclares la guerre en demandant la paix.

Non, cruel, avec moi tu ne l'auras jamais. Quoique je vienne ici remettre en ta puissance Celui dont tu devrais éprouver la vengeance, Cet innocent objet de tes noires fureurs, Ce Pyrrhus que ta haine accable de malheurs.

NÉOPTOLÈXE.

Hé bien ! puisque c'est toi qui dois me le remettre, Ne diffère donc point, ou cesse de promettre.

Tu me connais : tu peux t'en reposer sur moi, Et, de plus, relâcher Illyrus sur ma foi.

NÉOPTOLÈME

Hélénus, tu vas voir combien je m'y confie.

A ses gardes.)

Cardes, faites venir le prince d'Illyrie.

(a Pyrrhus.)

Je vais dans un moment te le remettre ici ; Mais commande, à ton tour, que Pyrrhus vienne

[aussi.

Inhumain, ne crains point qu'on telefasseatlendre;

Crains plutôt uu aspect qui pourra le surprendre. Mais daigne auparavant m'instruire de son sort ; Sois sincère surtout; quel sera-l-il ?

NÉOPTOLÈME

I^a mort.

S'il ne craignait que toi, tyran, ta harnarie Te coûterait bientôt et le trône et la vie. Voyons donc jusqu'où peut aller ta fermeté. Mais, pour laisser ta haine agir en liberté, Je vais te rassurer contre un ter redoutable Qui rendrait dans mes mains la perte inévitable.

(il jette soa épée aux pieJs de Néoptolèine.)

Frappe, voilà Pyrrhus.

Page 1