‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 409 sur 454 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

La noblesse du sang, la valeur, la prudence : En faudra-t-il, seigneur, excepter la clémence? Malgré mille revers, vous avez vu cent fois L'univers vous placer parmi ses plus grands rois ; Et de tant de vertus le parfait assemblage Deviendrait d'un tyran l'inutile partage !

NÉOPTOLÈME

Ma fille, quel discours !

KRICIE.

Je m'égare, seigneur ; Mais daignez pardonner ces transports à mon cœur. Mon respect a toujours égalé ma tendresse : Loin de me reprocher un discours qui vous blesse, A mes larmes, «seigneur, laissez-vous aLlendrir, . Ou du moins écoutez ce qu'on vient vous offrir. Glaucias est tout prêt de vous céder l'Épire : Pour vous en assurer le légitime empire, Ce prince pour Pyrrhus vous demande ma main.

NÉOPTOLÈME

Pour Pyrrhus ! Glaucias croit m'éblouir en vain. Je connais mieux que lui le sang des iEacides : Rien ne peut arrêter leurs vengeances perfides. Loin que cette union dût assurer mon sort. Votre hymen ne serait que l'arrêt de ma mort. C'est mettre sous Pyrrhus ma couronne en tiiteile. Et nourrir entre nous une guerre éternelle. Ce n'est point ma fureur qui demande sou sang : Je règne, et je dois tout à ce superbe rang. Si de Pyrrhus enfin je m'immole la vie, C'est au bien de la paix que je le sacrifie.

ÉKICIE.

Si jamais vous osiez lui donner le trépas. Quelle guerre, seigneur, n'allumeiiez-vous pas ?

NÉOPTOLÈME

Hélénus est le seul dont je crains le courage, Et son amour pour vous dissipera l'orage ; Mais son courroux bientôt retomberait sur moi, Si j'osais à Pyrrhus engager votre foi. Vous voyez qu'Hélénus me le livre lui-même; Jugez par ce présent à quel point il vous aime.

ÉRICIE.

Ah ! ne vous fiez point au présent qu'il vous fait : C'est peut-être, seigneur, quelque piège secret. Ce palais vous met-il à couvert de surprise ?

Je ne sais; mais sur vous je crains quelque entre- Ne vous exposez point à revoir Hélénus ; [prise. Et, si vous m'en croyez, emmenez lUyrus.

NÉOPTOLÈME

Qu'aurais-je à redouter d'une âme généreuse? Votre crainte, ma fille, est trop inj^énieuse.

KUICIE.

Voire haine, seigneur, l'est plus que mon effroi, Et vous ferme les yeux sur tout ce que je voi. L'ardeur de vous venger vous rend tout légitime, Et la soif de régner vous déguise le crime : Mais, si mes pleurs en vain combattent vos fureurs, Vous allez voir ma mort prévenir tant d'horreurs.

NÉOPTOLÈME

Ah ! c'en est trop, ma fille, et ce discours m'outrage : Pyrrhus n'aurait osé m'en dire davantage. Mais Hélénus paraît.

ERICIE.

Justes dieax!

NÉOPTOLÈME

Laissez-nous.

ÉRICIE.

Ah! seigneur, par pitié, souffrez-moi près de vous: Je ue vous quille point.

NÉOPTOLÈME

Quels transports !

KRICIE.

Ah ! mon père, Si jamais votre fille a pu vous être chère. Daignez à ma douleur accorder un moment.

NÉOPTOLÈME

Fuyez, dérobez-vous à mon ressentiment : Je me lasse à la fin d'une douleur si vaine.

ÉRICIE.

De ces funestes lieux ôte-moi, chère Ismène. Si d'un infortuné je veux sauver les jours. C'est à d'autres que lui qu'il faut avoir recours.

NÉOPTOLÈME

Que de trouble s'élève en mon àme éperdue \

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