ACTE II, SCÈ.Mi II
Cicéroii près de inoi sait qu'il n'a rien à craindre. Comme il s'agit de Rome, à ce nom si chéri Je suis sur de trouver votre cœur attendri, Et que vous me verrez ici sans répugnance.
CICÉRON
Comment avez-vous pu désirer ma présence? César, en quel état vous offrez-vous à moi? Ah ! ce n'est ni son fils ni César que je voi : Vosmainsn'enontquelrop souillé la ressemblance, Et Rome n'en peut trop pleurer la dilïérence. Malheureux ! pouvez- vous, sans l'inonder de pleurs. Sur son sein déchiré déployer vos fureurs ? 0 César ! ce n'est pas ton sang qui l'a fait naitrc : Brutus qui l'a versé méritait mieux d'en être ; Le meurtre des vaincus ne souillait point tes pas; Ta valeur subjuguait, mais ne proscrivait pas : Si tu versais du sang pour soutenir ta gloire. De ta clémence en pleurs tu parais la victoire. Et vous, sans redouter l'exemple de sa mort, Vous semblez n'envier que son funeste sort : Peu jaloux d'hériter de ses sages maximes, Cruel, vous ne songez qu'à parer des victimes.
OCTAVE
D'un reproche odieux qui blesse mon honneur, Cicéron, modérez l'indiscrète rigueur.
Mais, pour justifier un discours qui m'étonne, Et que mon ajnitié cependant vous pardonne. César que vous venez de placer dans les deux. Et que pour m'abaisser vous égalez aux dieux. En quels lieux, répondez, a-t-il perdu la vie? Fut-ce aux bords de la Seine ou dans Alexandrie? Est-ce aux champs de Pharsale, où pour votre bon- La victoire à genoux couronnait sa valeur? [heur Non ; ce fut au sénat et dans le sein de Rome, Que l'on osa trancher les jours de ce grand homme. Et vous m'osez blâmer de répandre le sang De ceux dont la fureur lui déchira le flanc! Quel autre ai-je proscrit, orateur téméraire? Je voudrais en pouvoir couvrir toute la terre : Quelque sang qu'à sa mort j'ose sacrifier. Je n'en connais aucun digne de l'expier. Du meurtre de César condamner la vengeance, C'est des plus noirs forfaits consacrer la licence.
CICÉRON
Un meurtre, quel qu'en soit le prétexte ou l'ojbet,
s 98 LE TRIUMVIKAT.
Pour les cœurs vertueux fui toujours un forfait. Mais les républicains ne se font pas un crime D'immoler un tyran, même digne d'estime : Ils ne regardent point leur tyran comme un roi Qu'élève au-dessus d'eux la naissance ou la loi; Et, sans avoir pour lui les lois ni la naissance, César osa des rois s'arroger la puissance. Non que des conjurés j'approuve la fureur ; Je déleste leur crime, encor plus son vengeur; Car vous multipliez à tel point les supplices, A Brutusvouschercheztani de nouveaux complices, Qu'il semble que César i-enaisse chaque jour. Et que chacun de nous l'assassine à son tour. Contre un peuple ci genoux armer la tyrannie, De l'univers entier détruire l'harmonie, Et de ses ennemis se défaire à son choix; Rendre le glaive seul interprète des lois ; Employer, pour venger le meurtre de son père, Des flammes ou du fer l'odieux ministère ; Donner à ses proscrits pour juges ses soldats; Du neveu de César voilà les magistrats. Qui vous a confié l'autorité suprême?
OCTAVE
Le besoin de l'état, mon épée, et moi-même. Et de quel droit enfin osez-vous aujourd'hui Interroger César, et César votre appui?
Revenez d'une erreur qui vous serait fatale : Un homme tel que moi ne veut rien qui l'égale. Dès que César n'est plus, et qu'il revit en moi. Qui d'entre les Romains doit me donner la loi? Croyez-vous rétablir, par votre politique, D'un peuple et d'un sénat l'union chimérique? Ce n'était qu'un vain nom dès le temps de Sylla, Qui s'est évanoui depuis Catilina.
Si de nos Scipions les jours pouvaient renaître, Ce n'est que sous moi seul qu'on lesverraitparaîlre; Mais vous voyez assez qu'il n'est aucun espoir De remettre les lois dans leur premier pouvoir Le glaive qui vous fit gagner tant de victoires, Et qui de nos exploits embellit tant d'histoires; Le glaive qui vous fit triompher tant de fois, Vous subjugue à son tour, et triomphe des lois. I)<s qu'il faut obéir, le parti le plus sage Est de savoir se faire un heureux esclavage. La liberté nest plus qu'un bien d'opinion;