‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 423 sur 454 · SCÈNE PREMIÈRE OCTAVE, MÉCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE OCTAVE, MÉCÈNE

OCTAVE

Oui, Mécène, je sais qu'une ardente vengeance A souvent confondu le crime et l'innocence; Qu'à des yeux prévenus le mal parait un bien; Que la haine est injuste et n'examine rien : Mais je sais encor mieux qu'une aveugle clémence, Loin d'arrêter le crime, en nourrit la licence. Plus on doit épargner les hommes vertueux. Plus il faut des méchants faire un exemple affreux. Quel que soit mon courroux, il est si légitime Qu'il ne me permet pas le choix d'une victime. Le seul infortuné digne de mes regrets, Dont la mort flétrirait à jamais nos décrets. C'est l'orateur fameux pour qui Rome m'implore, Et qu'un funeste amour me rend plus cher encore, Le divin Cicéron, dont le nom glorieux Triomphera toujours dans ces augustes lieux. Je veux le rendre aux pleurs de l'aimable Tullie

396 LE TRIUMVIIUT.

Et le sauver des coups de l'indigne Fulvie.

Tu l'as vu cette nuit, conçois-tu quelque espoir

Qu'il veuille en ma faveur employer son pouvoir?

11 est bon qu'en public il prenne ma défense,

Pour disposer le peuple à plus d'obéissance,

Et que par ses amis il inspire au sénat

De réunir en moi tout le triumvirat.

César, pour rétablir 1' Etat en décadence,

Crut devoir s'emparer de la toute-puissance;

Il sentit, et j'ai dû le sentir comme lui.Qourd'hui.

Qu'il ne faut aux Romains qu'un seul maître au-

MÊCÈNE.

Cicéron désormais n'a qu'un désir unique ;

C'est de vous voir, seigneur, sauver la république,

D'Antoine qu'il méprise abaisser la grandeur,

Devenir du sénat l'âme et le prolecteur:

Sur tout autre projet il sera peu flexible.

Cependant à vos soins il m'a paru sensible.

Essayez d'engager ce fier républicain

A vous laisser jouir du pouvoir souverain :

C'est sur ce point qu'il faut le vaincre ou le séduire.

Cicéron, dès qu'il peut vous servir ou vous nuire,

Ne vous laisse qu'un choix, le perdre, ou le sauver.

Le plus digne de vous est de le conserver.

Son amitié, son nom, ses conseils, sa prudence,

Son crédit au sénat, surtout son éloquence,

Deviendraient votre appui dans un péril pressant.

OCTAVE

Rien n'est si dangereux, dans un Etal naissant, Que ces hommes de bien que le pubhc admire ; Qui, sur le préjugé d'un vertueux délire. N'embrassent le parti des autels ou des lois, Que pour tyranniser les peuples ou les rois. J'aperçois Cicéron ; laisse-nous seuls, Mécène.

(a part.)

Que sa douleur me trouble et me cause de peiue

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