‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 431 sur 454 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Allumer le flambeau d'une guerre civile î

SEXTOS.

Eh ! comment pouvez- vous désormais l'éviter? Ce n'est pas vous d'ailleurs qui l'allez susciter. Il n'est point aujourd'hui de climat sur la terre Qui puisse être à l'abri des fureurs de la guerre : Traversez l'univers de l'un à l'autre bout, Vous trouverez la guerre et des Romains partout, Enfants infortunés d'une ville déserte Qui ne peut plus sentir vos soins ni votre perte. Pourquoi vous obstiner à mourir dans ses murs? Donnons-lui des secours plus brillants et plus sûrs. Croyez-vous qu'il sera pour vous plus honorable D'être aux yeux de César traîné comme un coupable, Pour servir de risée au soldat furieux, Qui fera peu de cas d'un nom si glorieux ? Rome n'est plus qu'un spectre, une ombre en Italie, Dont le corps tout entier est passé dans l'Asie. C'estlàquenotrehonneurnousappelleaujourd'hui: Rendons-nous à sa voix, et marchons avec lui. Ce n'est pas le climat qui lui donna la vie, C'est le cœur du Romain qui forme sa patrie. Qui doit s'intéresser à Rome plus que moi?

(il montre la statue de Pompée renversée.)

Voyez ces monuments de douleur et d'eflfroi ; Ces marbres mutilés, dont le morne silence N'en demande pas moins de sang pour leur ven- II ne leur reste plus que le nom précieux fgeance. D'un héros que l'on vit marcher égal aux dieux. Votre sort est écrit sous ce nom redoutable, A tout mortel fameux exemple formidable ; Et pour le prévenir vous n'avez qu'à vouloir. La honte suit toujours un lâche désespoir. Il vaut mieux se flatter d'un espoir téméraire, Que de céder au sort dès qu'il nous est contraire : Il faut du moins mourir les armes à la main. Le seul genre de mort digne d'un vrai Romain. Mais mourir pour mourir n'est qu'une folle ivresse. Triste enfant de l'orgueil, nourri par la paresse. Ranimez-vous, mon père, et soyez plus jaloux De la haute vertu que j'admirais en vous.

CICÉRON

S'il est vrai que Sextus la respecte et l'admire, Qu'il règle donc ses soins sur ceux qu'elle m'insnire.

SEXTUS

C'est-à-dire, seigneur, que pour vous imiter

Il faut mourir ensemble, et ne nous point quitter.

cicÉaoN.

Ah ! Sextus, quoi ! c'est vous qui voulez queje fuie ! Non, ne vous flattez pas que je passe en Asie, Ni que, des conjurés empruntant le secours, De mes jours malheureux j'aille flétrir le cours. Rien ne peut m'engager à quitter l'Italie. Cependant je suis prêt, pour contenter Tullie, A sortir avec vous de ce triste palais. La nuit, d Tusculum nous nous joindrons après : Au bois le plus prochain ma fille ira m'attend n . Dans deux heures, Sextus, ayez soin devons reu' e Avec quelques soldats au pont Suplicien. Le temps ne permet pas un long entretien : Adieu. Mais avant tout je veux revoir Mécène.

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