‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 430 sur 454 · CICÉRON, TULLIE, SEXTUS · texte numérisé non relu

CICÉRON, TULLIE, SEXTUS

CICÉRON

Héritier des vertus du plus grand des Romains, Si digne de mémoire et des honneurs divins, Adoré dans la paix, redouté dans la guerre, Qui vit parer son char du globe de la terre, Fils de Pompée enfin, à cet auguste nom Vous daignez allier celui de Cicéron !

Je ne vous ceindrai point le front d'un diadème; Je n'ai plus de trésors que cet autre moi-mùme. 0 mon fils ! puisse-t-il faire votre bonheur, Et vous être aussi cher qu'il le fut à mon cœur! Et vous, unique bien que le destin me laisse. Délices de ma vie, espoir de ma vieillesse, Qui n'avez plus pour dot que mon âme et mes pleurs, Puissiez-vous n'hériter jamais de mes malheurs ! Je veux, avant ma mort, que ma main vous unisse. J'ai promis à Sextus ce tendre sacrifice ; Mais, après cet hymen qui va combler vos vœux, Fuyez, éloignez-vous d'un père malheureux. Je ne veux plus vous voir dans une triste ville Où les morts môme ont peine à trouver un asil%\. Approchez, mes enfants ; venez, embrassez-moi : Jurez-vous dans mon sein une constante foi ; De nos derniers adieux scellons une alliance Que nous désirions tous avec impatience. Que vois-je ? On se refuse à mes embrassements?

Qu'exigez-vous de nous dans ces cruels moments? Quoi I lorsqu'avec bonté votre amour nousassem,

[ble- Ne nous unissez-vous que pour mourir ensemble? Et comment sans frémir pouvez-vous ordonner A Sextus comme à moi de vous abandonner? Quel nouveau désespoir contre nous vous anime? De nos soins mutuels nous feriez-vous un crime ? C'est vous-même, seigneur, qui dans ce triste joui*

♦ 06 LE TRIUMVIKAT.

Me faites malgré moi douter de votre ainour. Quoi ! ce père, l'objet de toute ma tendresse, Qui me cherchait encor quoiqu'il me vît sans cesse ; Ce père, qui semblait ne vivre que pour moi, Ne pourra désormais me voir qu'avec effroi ! Quel transport imprévu de votre âme s'empare ? Apprenez-vous d'Octave à devenir barbare ? La flotte de Sextus nous attend tous au port; Faites- vous sur vous-même un généreux effort. C'est votre fille en pleurs, cette même Tullie, Du père le plus tendre autrefois si chérie. Qui, la mort dans le sein, vous demande à genoux De ne lui point ravir ce qu'elle tient de vous. Ma vie est dans vos mains et ne tientqu'à la vôtre; Daiçnez en ce moment nous suivre l'un et l'autre ; Ce heu n'est point encore entouré de soldats Qui puissent observer ou retenir vos pas ; Nous pouvons en secret gagner les bords du Tibre : Mon père, suivez-nous, puisque vous êtes libre Et que vous n'êtes pas au nombre des proscrits.

CICÉRON

Ah 1 c'est moins par respect pour moi quepar mépris. Ne pouvant m'effrayer, Antoine m'humilie : C'est pour flétrir mon nom que le cruel m'oublie. Si sa main m'eût proscrit, l'univers aurait su Que parmi ces héros du moins j'aurais vécu. Pour braver mes tyrans, je veux mourir dans Rome: En implorant ses dieux, c'est moi seul qu'elle Je ne priverai point de mes derniers soupirs [nomme. Ce heu qui fut l'objet de mes premiers désirs. J'ai tant vécu pour moi, si peu pour ma pairie, Que je veux dans son sein du moins finir ma vie. Si je fuyais. César qui me redoute encor, A ses projets bientôt donnerait plus d'essor.

SEXTUS

Cessez de vous flatter d'une espérance vaine : César aime Tullie, et craint peu votre haine. Dans ses murs malheureux Rome va succomber : Croyez-vous qu'avec elle il soit beau de tomber, Lorsqu'on lui conservant un ami si fidèle Nous pouvons espérer de renaître avec elle ? N'avons-nous pas ailleurs des secours assuréS} La Sicile, Brutus, Rhodes, les conjurés?

cicÉnoN.

Qui? moi, mon fils, que j'aille errant dans la Sicile,

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