SCÈNE VI
CICÉRON, SEXTUS, TULLfE.
Chers témoins de ma joie, C'est pour la partager que le ciel vous envoie. Le destin va bientôt terminer mes malheurs. Et mon sort est trop beau pour mériter des pleurs : Viens, ma fille; jouis des honneurs de ton père : Vois, lis sur ce tableau la fin de ma misère. Sextus, vous m'avez vu le front huraihé Que parmi ces grands noms le mien fût oublié. Je me plaignais à tort des mépris d'un barbare ; Pardonnons-lui tous deux un affront qu'il répare.
TOLLIE.
Seigneur, est-ce donc là ce destin glorieux Qui doit être pour nous si grand, si précieux? Mourir dans les tourments, victime de Fulvie, C'est mourir dans l'opprobre et dans l'ignominie.
Eh ! comment, sans rougir d'uu si cruel transport, Pouvez-vous avec joie annoncer votre mort? Changerez-vous toujours d'avis et de conduite? Un grand cœur doit avoir plus d'ordre et plus d« A peine vous formez un généreux dessein, rsuile. Qu'à l'instant même il est banni de votre sein. A l'amour paternel un faux honneur succède ; Et plus le mal est grand, plus on fuit le remède. César ne vous a point encore abandonné : Si nous mourons, c'est vous qui l'aurez ordonné. Vous le savez, la mort n"a rien qui m'épouvante : Des cœurs infortunés c'est la plus douce attente. Ce qui me fait gémir, c'est de voir votre cœur .S'honorer d'un trépas qui n'est qu'un déshonneur. Mais, de ce même fer dont l'amour de TuUie S'est armé pour défendre une si belle vie, Si vous vous obstinez à rester en ces lieux. Je saurai, malgré vous, m'immoler à vos yeux.
CICKRON.
Ah ! ma fdle, étouffez ce transport téméraire.
SEXTCS.
Mon père, il vous apprend ce que vous devez faire. Se peut-il qu'un grand cœur se montre si jaloux Des honneurs qu'un esclave obtiendrait comme
[vous ?
Quel misérable orgueil pour une âme romaine ! Ah ! loin de nous vanter une gloire si vaine. Rougissez de vous voir proscrit sur ce tableau. C'est dans le ciel qu'il faut inscrire un nom si beau. Des plus nobles proscrits je viens d'armer l'élile ; C'est à mourir entre eux que l'honneur nous invite. Laisserez-vous périr ces guerriers généreux Qui s'exposent pour vous au sort le plus affreux ? Un Romain, tant qu'il veut, peut rétablir sa gloire : C'est en cherchant la mort qu'il trouve la victoire. Lorsqu'il faut terminer ses déplorables jours. Est-ce au fer des bourreaux qu'il faut avoir recours?
CICÉRON
Ah ! je n'aspire point aux honneurs de la guerre ; Le ciel ne m'a point fait pour désoler la terre. Ni pour briller dans l'art des travaux meurtriers. Ainsi que ses vertus, chacun a ses lauriers. Et que peut m'importer, des qu'il faut que je meure. Quelle main me viendra marquer ma dernière
[heure?