OCTAVE, MÉCÈNE
OCTAVE
Cher ami, que mon cœur Avait besoin de toi pour calmer ma douleur! Philippe m'a trahi : cet esclave infidèle, Que je croyais si sûr et si rempli de zèle, Par ses fausses vertus abusant mes esprits, Elait d'intelligence avec tous les proscrits. C'est lui qui les a tous sauvés de ma poursuite. Et qui seul de Sextus a préparé la fuite.
MÉCÈNE
Philippe n'a jamais mieux rempli son devoir Qu'en trompant votre haine et votre fol espoir. Et, d'ailleurs, devait-il vous livrer son élève ? A ce nom si chéri déjà l'on se soulève. Si par malheur Sextus fût resté dans vos mains, Vous eussiez contre vous armé tous les Romains. Mais n'êtes-vous point las de tant de barbaries, Et d'exercer ici l'empire des Furies?
OCTAVE
Qu'entends-je?
MÉCÈNE
Les discours d'un ami vertueux, Dont vous approuveriez le zèle impétueux. Si de quelque retour votre âme était capable ; Mais aux cris comme aux pleurs elle est impénétra- Vons ne serez que trop entouré de flatteurs, [hle. Et que trop inspiré par de vils délateurs : [mes. C'est l'unique entretien où vous trouviez des char- Je ne puis plus vous voir sans répandre des larmes. L'ami que j'avais cru digne d'être adoré. C'est le même pax qui je suis déshonoré.
Tandis que c'est lui seul qui détruit, persécute, Aux pleurs qu'il fait verser c'est moi qui suis en Vos soldats, rebutés de servir d'assassins, [bulte. M'ont déjà reproché vos ordres inhumains. On dirait qu'en effet votre cœur sanguinaire Fait du sang des mortels sa substance ordinaire. Qu'il ne voit qu'à regret des hommes innocents ; Car vous les croyez tous criminels ou méchants, Et bientôt à vos yeux, dans son sein déplorable, Rome n'offrira plus qu'un goulfre abominable Que vous achèverez de combler de forfaits. Mais, comme je suis las d'en supporter le faix, Adieu.
OCTAVE
Quoi ! c'est ainsi que Mécène me quitte ! D'où peut naître, dis-moi, le transport qui t'agite? Ah ! loin de redoubler mon trouble et ma terreur, De l'état où je suis adoucis la rigueur. Tu sais que dès hier j'ai cessé de proscrire. Antoine, qui jouit avec moi de l'empire, Pour me perdre d'honneur, par ses détours secrets, Fait passer sous mon nom ses horribles décrets.
MÉCÈNE
Est-ce à vous de ramper sous les lois d'un infâme Asservi lâchement aux fureurs d'une femme? Triumvir comme lui, Ubre de tout oser. Au plus cruel trépas il fallait s'exposer, Et laver dans son sang une pareille injure. Un affront vit toujours sur le front qui l'endure ; Qui ne s'en venge pas est fait pour le souffrir. On croirait, à vous voir tour à tour vous flétrir Par l'odieux trafic des plus illustres têtes. Que vous vous partagez le fruit de vos conquêtes. Il abandonne un oncle ; et vous, un protecteur Dont vous avez longtemps recherché la faveur, A qui seul vous devez votre grandeur suprême, El qu'il fallait sauver aux dépens de vous même.
OCTAVE
Cesse de m'effrayer, et me nomme l'objet Qui fait couler tes pleurs.
MÉCÈNE
Ingrat I qu'avez-vous fait?
Hélas ! hier encore il existait un homme Qui fit par ses vertus les délices de Rome, Mémorable à jamais par ses talents divers,