ACTE V, SCli.NE II
Dont le génie heureux éclairait l'univers ;
Il n'est plus... Son salut vous eût couvert de gloire,
El de vos cruautés ell'aco la mcmoire.
Qu'ai-je besoin encor do vous dire son nom?
a1i ! laisscx-moi vous fuir, ot pleurer Cicéron.
OCTAVE
Qui? moi, j'aurais livn' ce mortel admirable 1 tl c'est de ce forfait toi qui me crois coupable !
MÉCÈNE
C'est en l'abandonnant que vous l'avez livré. De sang et de fureur votre cœur enivré, Soigneux de me cacher la moitié de ses crimes, Laisse au Tibre le soin de compter ses victimes.
OCTAVE
Ah ! Mécène, un moment du moins écoute-moi : Je ne veux entre nous d'autre juge que toi. Moi-même, pour sauver le père de Tullie, J'ai disposé sa fuite à Tinsu de Fulvie, Et chargé de ce soin Lena, Salvidius, Soutenus par Philippe et par Hérennius; C'est par eux qu'en secret je le faisais conduire, Sans prévoir que peut-être on pouvait les séduire. Comment s'en délier, et surtout de Lena, Tribun que j'ai reçu de la main d'Agrippa? D'ailleurs, à Cicéron Lena devait la vie.
MÉCÈNE
C'est à son défenseur lui seul qui l'a ravie. L'intrépide orateur a vu sans s'ébranler Lever sur lui le bras qui l'allait immoler. « C'est toi, Lena ! dit-il ; que rien ne te retienne. « J'ai défendu ta vie, arrache-moi la mienne. « Je ne me repens point davoir sauvé tes jours, « Puisque des miens c'est toi qui dois trancher le A ces mots, Cicéron lui présente la tète [cours. » En s'écriant : « Lena, frappe ; la voilà prête ! » Lena, tandis que l'air retentissait de cris, L'abat, court chez Fulvie ea demander le prix. Un objet si touchant, loin d'attendrir son âme. N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflamme. Les yeux étincelants de rage et de fureur. Elle embrasse Lena sans honte et sans pudeur ; Saisit avec transport cette tête divine. Qui semble avec les dieux disputer d'origine, En arrache... épargnez à ma vive douleur La suite d'un récit qui vous ferait horreur.
4 28 lE TRIUMVIRAT.
Nous ne l'entendrons plus du feu de son génie Répandre dans nos cœurs le charme el l'harmonie. Fulvie a déchiré de ses indignes mains Cel objet précieux, l'oracle des humains : Mais on ne m'a point dit, après ce coup funeste, Ce que sa barbarie a pu faire du reste.
OCTAVE
Eh bien ! sur Cicéron suis-je justifié ?
MÉCÈNE
Si ce n'est pas César qui l'a sacrifié,
Que de sa mort du moins la plus haute vengeanc
De César soupçonné fasse voir l'innocence.
OCTAVE
Si je m'en vengerai ! Quoi ! lu peux en douter? Ta douleur sur ce point n'a rien à redouter: Ma haine désormais ne peut être assouvie Qu'en noyant dans son sang l'exécrable Fulvie. Ce n'est pas Lucius qui m'en fera raison ; C'est Antoine qui doit payer pour Cicéron. Si tu m'aimes encor, va me chercher sa fille ; Je veux de ce grand homme adopter la famille. De tes cris, de tes pleurs tu m'as importuné ; Rends-moi de Cicéron le reste infortuné. Pardonne à mon dépit une fatale feinte Qui porte à ma tendresse une si rude atteinte. En croyant l'eûrayer, hélas! je l'ai perdu. Par pitié, rends sa fille à mon cœur éperdu. Je ne me connais plus : que mon sort t'attendrisse !
MÉCÈNE
C'est vouloir de vos maux accroître le supplice. Eh! comment osez-vous souhaiter de la voir? Pourrez-vous soutenir ses pleurs, son désespoii? Peignez-vous les tourments où TuUie est en proie.
OCTAVE
Ah ! n'importe, Mécène; il faut que je la voie.
MÉCÈNE
Il est vrai que TuUie est rentrée en ces lieux, Et j'ai cru qu'il fallait la soustraire à vos yeux. Sans vouloir cependant la voir ni la contraindre, (De son juste courroux que ne doit-onpas craindre?) J'ai pris soin seulement qu'en ces moments affreux On ne l'instruisit point de son sort rigoureux. N'allez point irriter une âme impérieuse Dont ri(;n n'arrèlerait la haine audacieuse. Quels efforts aujourd'hui n'a point tentés son bras