‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 453 sur 454 · OCTA.VE, TULLIE, MÉCÈNE · texte numérisé non relu

OCTA.VE, TULLIE, MÉCÈNE

OCTAVE

Je la vois... Juste ciel ! cachons-nous à ses yeux.

TULLI E.

Pourquoi me fuyez-vous, César? je suis vaincue. Les soldats de Sextus l'ont soustrait à ma vue: Vous avez triomphé de moi comme de lui. Hélas ! dans mes malheurs où trouver un appui ? Ne redoutez plus rien de la fière Tullie : Il n'est point de fierté que le sort n'humilie. Loin de vous refuser à mes tristes regards. Faites revivre en vous la bonté des Césars. Si j'ai porté trop loin les mépris et l'audace,

(Elle lui montre la statue de César.)

Au nom de ce héros, daignez me faire grâce. Ah ! seigneur, pai pitié rendez-moi Cicéron ; Honorez-nous tous deux d'un généreux pavdon. En des temps plus heureux, votre haine endurcie Eût été désarmée au seul nom de Tullie.

OCTAVE

Ce nom n'est point encore effacé de mon cœur: . Un S'ul jour n'éteint point une si vive ardeur; Et d 'S feux que Tullie allume dans une âme Elle ne sait que trop éterniser la flamme : El, iialgré le mépris dont vous payez mes vœux, J'ouhlie, en vous voyant, que je suis malheureux; Et j ose me flatter que, moins préoccupée. Vous eussiez respecté César devant Pompée,

1,0 ciel ne le fit point pour être mon égal ; 11 n'est pas même fait pour être mon rival.

TULLIE

Ah ! César, est-il temps de me chercher des crimes? Daignez vous occuper de soins plus légitimes. "Vous avez trop connu le cœur de Cicéron, Pour en avoir conçu le plus léger soupçon. Si de quelque refus vous avez à vous plaindre, Son austère vertu ne laisse rien à craindre. A-t-il des conjurés emprunté le secours, Ou versé dans les cœurs le poison des discours? Il a toujours gardé le plus profond silence : Sa fuite ne peut être un motif de vengeance, Puisque vous-même avez ordonne son départ. Philippe était d'ailleurs chargé de votre part, Avec Hérennius, du soin de le défendre.

OCTAVE

Mais, si vous n'aviez point dessein de me surprcn- Auriez-vous de Sextus accompagné les pas, [drc, Et pour le soutenir corrompu mes soldats?

TDLLIE.

Quel peut être l'effroi que Sextus vous inspire?

Ce n'est pas en fuyant qu'on dispute un empii'e.

L'a-t-on vu contre vous soulever les esprits,

Ou d'un nom redouté ranimer les débris?

Il en eût recouvré la puissance usurpée.

S'il se flit un moment fait voir comme Pompée.

Ah ! (lu sort de Sextus ne soyez point jaloux :

Philippe n'a voulu que l'éloigner de vous.

Sou maître infortuné, qui n'a plus d'autre asile,

Va sans doute avec lui regagner la Sicile.

Failes-vous un ami de ce jrun^ ùéros :

Il est digne de vous par ses nobles travaux.

César, vous ignorez qu'une main meurtrière

Vous aurait, sans Sextus, privé de la lumière.

Tandis que votre haine éclate contre lui,

C'est sa seule vertu qui vous sauve aujourd'hr.i.

Pour l'en récompense!-, |>ermeltez que mon .;ére

Aille près de Sextus terminer sa misère:

Prenez en leur faveur des sentiments plus do ix.

OCTAVE

Mais, madame, Sextus est-il donc votre époux ' Sitôt qu'à voire hymen je ne dois plus prétendre, Aux vœux de mon rival je consens de vous rendre.

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