‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 51 sur 454 · SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXI · texte numérisé non relu

SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXI

taire avait raison ; l'amour affaiblit une tragédie s'il ne la domine en tyran, « il n'est point fait pour la « seconde place ». Crébillon n'a laissé ni une Chimène, ni une Pauline, ni une Hermione, ni une Phèdre. Voilà l'une des raisons qui peu à peu ont fait abandonner ses pièces, et peut-être n'en faut-il point chercher d'autres.

Son rang n'en reste pas moins très élevé sur le Parnasse tragique. Les défauts qu'on operçoit en lui sont de peu de conséquence; ses qualités sont de premier ordre : grandeur dans la conception, intrépidité dans la conduite, élocution pleine de chaleur et d'éclat, pinceau màle et terrible. Nul n'appliqua plus fermement que lui et ne. (poiissa plus rigoureusement jusqu'en ses dernières conséquences le double précepte d'Horace pour les caractères donnés par la légende ou par l'histoire :

Sit Medea ferox inrictaqne ; flebilis lao, Perfldus Ixion, lo vaga; tristis Orestes.

Et pour les sujets inventés :

Servetur ad iraum

Uualis ab incepto procosserit, et sibi constet.

Armé de ce courage, j'allais dire de cette férocité tragique, il ne recula ni devant la coupe d'Atrée, ni devant l'assassinat de Rhadamiste par son père, ni devant l'amour incestueux de Sémiramis. Les parisiens de la Régence frémirent avec enthousiasme à l'aspect de ces noirs" tableaux. Je crois qu'on les supporterait difficilement aujourd'hui. L'art de fouiller dans l'horrible et d'y découvrir de nouvelles perspectives d'horreur révolte la délicatesse de nos fibres, amollies par une civilisation débilitante, en même temps que saturées d'horreur réelle par cent années de désordres, d'émeutes, d'assassinats, de pillages et d'incendies. Cependant, c'était l'art d'Eschyle et de Sophocle. Devons-nous y renoncer à jamais?

Un des successeurs de La Harpe dans la chaire de l'Athénée s'écriait, il y a déjà soixante-quuize ans : « Dans la tragédie, la hardiesse des grands caractères, l'éminence des pensées, le choc nouveau des passions extraordinaires, s'élevaut parfois au-dessus des communs esprits, n'ont plus pour vrais juges et pour

LXXll NOTICE SUR CRliBILLON

défenseui's qu'une minorité dhommes habiles. » Si ces réflexions de Népomucène Lemercier étaient vraies en 1810, qu'on juge de l'état d'esprit où la tragédie trouve le public d'aujourd'hui, qui ne demande plus au théâtre qu'un agréable emploi de ses loisirs, sans application et sans fatigue !

La réintégration de Crébillon au répertoire de nos premières scènes françaises n'est donc pas a prévoir, autrement que comme un essai de curiosité intelligente ou comme un hommage au génie du seul homme dont le nom puisse s'adjoindre, sans inégalité, à ceux de Corneille et de Racine.

Quelqu'un disait un jour à Crébillon fils, au foyer de la Comédie-Française : « On a beau faire, votre père sera toujours le troisième de nos tragiques. — Dites sera toujours un des trois! >. répoa<lit-il. J'estime que cette affirmation filiale sera le jugemeni mt3me de la postérité.

al'uusïe vrru.

7 octobre 1834.

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l DAMANTE.

Dieux , recevez mon san<S ; voilà votre victime

IDOMENEE

TRAGÉDIE

IIEPRF5ENTI.F. POLR LA PREMIERE FOIS Lit 29 PÉCEUDRE < 705.

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