LXX NOTICE SUR CRÉBILLON
la patrie, et les meilleurs gens du monde. Tronchin, avec sa Marie Stuart (1735), Morand, avec son Childér/c (1737), Baculard d'Arnaud, avec son Coligni (1740), son Comte de Co7nminges {lldS} et son Fayel (1770), du Rozoy (1762) et de Belloy (1765), avec leur double Siège de Calais, enfin, Marie-Joseph Chénier, avec son Charles IX (1789), sont les enfants de Voltaire. Du règne de Henri IV à la Révolution française, commencent, se poursuivent et s'achèvent, avec un cycle littéraire, les destinées de la maison de Bourbon.
Crébillon, au contraire, fut un homme du passé ; en politique, il était sincèrement attaché au monarque et à la monarchie; ce n'était pas chez lui superstition mystique ; on n'en peut soupçonner le poète qui avait placé dans Pyrrhus ces assertions hardies :
La force en fît le droit, un meurtre la conquête,
n est vrai ; mais combien de trônes sont remplis
Par les usurpateurs qui s'y sont établis?
Votre aïeul en fut un ; j'en nommerais mille autres
Qui n'eurent pour régner d'autres droits que les nôtres.
C'était donc par goût, par raison et par une habitude connexe à des nécessités de position, qu'il aimait et servait les institutions de son temps. Quant à la littérature, il ne la cultiva que sous la forme spéciale de la tragédie, et ne comprit la tragédie que dans les règles consacrées, sans songer ni aies enfreindre ni à les élargir, encore moins à les briser. Le choix de ses sujets, empruntés aux temps fabuleux ou à l'histoire ancienne, était conforme auy tendances de son esprit. Une seule fois il eut le dessein de peindre un caractère moderne et d'aborder en même temps l'histoire contemporaine. Certes, Crébillon était de taille à se mesurer avec Cromwell. Mais il calcula les obstacles. On avait proscrit son Artaban, de Xerxès, comme immoral, impie, propagateur de maximes suspectes et coupable de lèse-majesté envers le roi des Perses, Quelles clameurs indignées ne soulèverait pas un Cromwell, factieux et régicide? Cromwell rentra dans l'ombre de sa pensée au profit de Catilina.
Enfin, considération décisive, en dépit de la fameuse « partie carrée » d'Electre, des beoux rôles de Zénobie, d'Éricie et de Tullle, Crébillon n'a employé l'amour, dans ses tragédies, que comme un ressort utile ou comme un contrsiste. Or, en un point, Vol-