‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 55 sur 454 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

La mort seule y parut... Le vaste sein des mers Nous entrouvrit cent fois la route des enfers. Par des vents opposés les vagues ramassées, De l'abîme profond jusques au ciel poussées, Dans les airs embrasés agitaient mes vaisï>eaux, Aussi près d'y périr qu'à fondre sous les eaux. D'un déluge de feux l'onde comme allumée Sfmblait rouler sui' nous une mer enflammée; El .Xeptune en courroux à tant de malheureux iN'otfrait pour tout salut que des rochers alfreux. Que te dirai-je enfin? Dans ce péril extrême Je tremblai, Sophronyme, et tremblai pour nioi-

[nu'me.

Pour apaiser les dieux, je priai... je promis... Non,je ne promis rien : dieux cruels! j'en frémis... Neptune, l'inslrumeiit d'une indigne faiblesse, S'empara de mon cœur, et dicta la promesse : S'il n'en eût inspiré le barbare dessein, Non. Je n'aurais jamais promis de sang humain. a Sauve des malheureux si voisins du nau'/nge, « Dieu puissant! m'écriai-je, et rends-nous au li-

« Le premier des sujets rencontre par son roi « A Neptune immolé satisfera pour moi... » Mon sacrilège vœu reniiit le calme à l'onde; Mais lien nu put le rendiea ma ilouleur profonde; Et leHroi succédant à mes premiers trausporls, Je me sentis glacer en revoyant ces bords. Je les trouvai déserts, tout avait fui l'orage : Un seul homme alarmé parcourait le rivage; 11 semblait de ses pleurs mouiller quelques débris ; J'en approche en tremblant... hélas! c'était mon A ce récit fatal tu devines le reste. [fils.

Je demeurai sans force à cet objet funeste ; Et mon malheureux fils eut le temps de voler Dans les bras du cruel qui devait l'immoler.

SOPHRONYME

Ai-je bien entendu? quelle horrible promesse ! Ah ! père infortuné !

IDOMÉNÉE

Rebelle à ma tendresse, Je fus près d'obéir ; mais Idamanle enfin Mit mon âme au-dessus des dieux et du destin ; Je n'envisageai plus le vœu ni la tempête; Je baignai de mes pleurs une si chère tête.

e IDOMENEE.

Le ciel voulut en vain me rendre furieux ; La nature à son tour fit taire tous les dieux. Sophronyme, qui veut peut braver leur puissance; Mais ne peut pas qui veut éviter leur vengeance. A peine de la Crète eus-je touché les bords, Que je la vis remplir de mourants et de morts. Eu vain j'adresse au ciel une plainte importune; J'ai trouvé tous les dieux du parti de Neptune.

SOPHRONYME

Qu'espérez-vous des dieux enleur manquant de foi ?

IDOilÉNÉE.

Que du moins leur courroux n'accablera que moi ; Que le ciel, fatigué d'une injuste vengeance, Plus équitable enfin, punira qui l'offense; Que je ne verrai point la colère des dieux S'immoler par mes mains un sang si précieux.

SOPHRONYME

Seigneur, à ce dessein vous mettez un obstacle: Pourquoi par Égésippe interroger l'oracle? Vos peuples, informés du sort de votre fils, 'Voudront de leur salut que son sang soit le prix.

IDOMÉNÉE

Que le ciel, que la Crèteàl'envi le demandent. N'attends point que mes mains à leur gré le ré-

[pandent.

J'interroge les dieux! ce n'est pas sans frayeur; L'oracle est trop écrit dans le fond de mon cœur. J'interroge les dieux! que veux-tu que je fasse? Pouvais-je à mes sujets refuser cette grâce? Un peuple infortuné m'en presse par ses cris: J'ai résisté longtemps ; à la fin j'y souscris. Tu vois trop à quel prix il faut le satisfaire. Ne puis-je être son rui qu'en cessant d'être père? Mais pourquoi m'alarmer? Les dieux pourraient

[parler... Non, les dieux sur ce point n'ont rien à révéler. Que le ciel parle ou non sur ce cruel mystère, Ne puis-je pas forcer Égésippe à se taire?

SOPHRONYME

Il se tairait en vain : par le ciel irrité.

Son silence, seigneur, sera-t-il imité?

A se taire longtemps pourrez-vousle contraindre?

Que je prévois de maux ! que vousêtes à plaindre!

IDOMÉNÉE

fu me plains ; mais, malgré ta sincère amitié,

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