SCÈNE
IDOMÉNÉE, IDÂMANTE, SOPHRONYME, PO- LYCLÈTE.
IDOMÉNÉE, bas, à Sophronyme.
Je vois mon fils : laissons cet entretien secret. Je t'ai tout découvert, mon amour et mon crime : Cache bien mon amour, encor mieux ma victime.
(a Idamante.)
Que cherchez-vous, mon fils, dans cette affreuse
IDAMANTE. [nuit ?
Longtemps épouvanté par un horrible bruit, Tremblant pour des malheurs qui redoublent sans
[cesse, Sans repos, toujours plein du trouble qui vous Alarmé pour des jours si chers, si précieux, [presse. Je vous cherche... Pourquoi détournez-vous les
[yeux?
Seigneur, qu'ai-je donc fait ? Vous craignez ma
[présence !
Quel traitement, après une si longue absence !
IDOMÉNÉE
Non, il n'est pas pour moi de spectacle plus doux, Mon fils ; je ne sais rien de plus aimé que vous. Mais je ne puis vous voir que mon cœur ne frémisse ; Je crains le ciel vengeur, et qu'il ne me ravisse Un bien...
IDAMANTE.
Ah! puisse-t-il, aux dépens de mes jours, A des maux si cruels donner un prompt secours ! La mort du moins, seigneur, finirait mes alarmes. Vous ne paraissezplus sans m'arracher des larmes; Triste, désespéré, vous cherchez à mourir : Et vous m'aimez, seigneur! Est-ce là me chérir? Le ciel en vain de vous écarte sa colère, [faire. Vous vous faites des maux qu'il ne veut pas vous llvous rendà mespleursquaiidje vous crois perdu; M'ôterez-vous, seigneur, le bien qu'il m'a rendu? IDOMÉNÉE. [tance,
Ah, mon fils! nos malheurs ont lassé ma cons- Et de fléchir les dieux je perds toute espérance. Trop heureux si le ciel, secondant mes souhaits, Me rejoignait bientôt à mes tristes sujets!