‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 58 sur 454 · I DAM AN TE · texte numérisé non relu

I DAM AN TE

Pour eux, plus que le ciel, vous seriez inflexible, Si vous leur prépariez un malheur si terrible. Tousles dieuxne sont point contre vous ni contre Puisqu'il nous reste encore un roi si généreux : [eux, Conservez-le, seigneur, et terminez nos craintes. Peut-être que le ciel, plus sensible à nos plaintes, Va s'expliquer bientôt, et, fléchi désormais...

IDOMKNÉE.

Ah, mon fils! puisse-t-il ne s'expliquer jamais! Adieu.

SCÈiNE IV

IDAMANTE, POLYCLÈTE.

De cet accueil qu'attendre, Polycléte?

Que ce silence affreux me trouble et m'inquiète ! Que m'annonce mon père? Il me voit à regret : Aurait-il pénétré mon funeste secret ?

Sait-il par quel amour mon âme est entraînée? Hélas! bien d'autres soins pressent Idoménée : Ce roi comblé de gloire, et qui n'aima jamais, Ne s'informera pomt si j'aime ou si je hais. Il ignore qu'un sang qui fît toute sa haine Fasse tout mon amour, que j'adore Érixène. Que ne m'est-il permis d'ignorer à mon tour Que la haine sera le prix de mon amour ! Je défis Mérion; plus juste ou plus sévère. Le roi sacrifia ce prince téméraire :

Prémices d'un retour fatal à tous les deux. Prémices d'un amour encor plus malheureux ! C'est en vain que mon cœur brûle pour Érixène ; l£n vain...

IDAMANTE, ÉRIXÈNE, POLYCLÈTE, ISMÈNE.

IDAMANTE.

Dans cette nuit, ciel! quel dessein l'amène?

(a ïrixène.)

Madame, quel bonheur! Eussé-je cru devoir A la fureur des dieux le plaisir de vous voir?

10 IDOMliNliE.

ÉRIXÈNE.

J'espérais, mais en vain, jouir de leur colère. J'ai cru que cette nuit allait venger mon père, Et que le juste ciel, de sa mort irrité, N'en verrait point le crime avec impunité. D'un courroux légitime inutile espérance I Avec trop de lenteur le ciel sert ma vengeance : Sn vain pour vous punir il remplit tout d'horreurs, Puisqu'il peut de mes maux épargner les auteurs.

IDAMANTE.

J'ignore auprès des dieux ce qui nous rend coupa- J'ignore quel forfait les rend inexorables ; [bies. Mais je sais que le sang qui fait couler vos pleurs N'a point sur nous, madame, attiré ces malheurs. Avant qu'un sang si cher eût arrosé la terre. Le ciel avait déjà fait gronder son tonnerre. Ainsi, pour vous venger, n'attendez rien des dieux, Si ce n'est de l'Amour, qui peut tout par vos yeux. Que le courroux du ciel de cent villes fameuses Fasse de longs déserts, des retraites affreuses ; Que les ombres du Styx habitent ce séjour; Tout vous vengera moins qu'un téméraire amour. Seul il a pu remplir vos vœux et votre attente : Je défis votre père, il vous livre Idamaiite; Lorsque vous imploriez les traits d'un dieu vengeur, Tous les traits de r.\mour vous vengeaient dans mon ÉRIXÈNE. [coeur.

Quoi! seigneur, vous m'aimez?

IDAMANTE.

Jamais Varaour, madame, Danslecœurdes humains n'alluma plus de flamme. Sans espoir, dans vos fers toujours plus engagé

ÉRIXÈNE.

0 mon père ! ton sang va donc être vengé!

IDAMANTE.

Si l'amour près de vous peut expier un crime. Je rends grâce à l'amour du choix de la victime : Heureux même à ce prix que vous daigniez souifrir Des vœux qu'un tendre cœur brûlait de vous offrir ! Je sais trop que vos pleurs condamnent ma ten-

[dresse ; Ail sang que vous pleurez, hélas ! tout m'intéresse.

ÉRIXÈNE.

Que m'importent, cruel, les vains regrets Ùù cœur, Après que votre main a servi sa fureur ?

Page 1