ACTE I, SCÈNE VI. U
I DAMANTE.
J"ai suivi mon devoir, in.iclame ; et sa défaite
Importait à mes soins, importail à la Crète.
La sùi été du prince ordonna ce trépas ;
El. pour comble de maux, j'ignorais vos appas.
Mérion a rendu sa perte légitime :
Sa mort, sans mon amour, ne serait pas un crime.
C'est-à-dire, seigneur, qu'il mérita son sort?
Sons vouloir démêler les causes de sa mort,
Si de ces tristes lieux le funeste héritage
Du superbe iMinos dut être le partage;
Si mon père, sorti du sang de tant de rois,
DIdoménée enfin a dû subir les lois;
Quel espoir a nourri cet amour qui m'outrage?
Et pourquoi m'en offrir un imprudent hommage?
Vainqueur de Mérion, fils de son assassin,
La source de mes pleurs s'ouvrit par votre main :
Est-ce pourles tarir que vos feux se déclarent? [rent?
Songez-vous que ces pleurs pourjamais nous sépa-
Sous le poids de vos f^rs, je n'arrive en ces lieux
Qiin pour y recevoir les plus tristes adieux.
Mérion expirait ; sa tremblante paupière
A peine lui laissait un reste de lumière;
Son sanç coulait encore, et coulait par vos coups:
Barbare! en cet état me p.irlail-il pour vous?
Qu'il m'est doux de vous voir brûler pour Erixène !
Conservez voire amour, il servira ma haine, [cours
Adieu, seigneur: c'est trop vous permettre un dis-
Dont ma seule vengeance a dû souflrirle cours.
IDAMANTE. POLVCLÈTE.
POI.YCLÈTE.
Ab ! seigneur! fallait-il découvrir ce mystère? Avcz-vudû parler?
IDAMANTK.
Ai-jc doue pu me taire ?
Près (le l'objet enfin qui cause mon ardeur, Pouvais-je retenir tant d'amour dans mon cœur? Qup dis-tu? Toujours plein de cette ardeur extrême, Le hasard sans témoin m'offre tout ce que j'aime; Et tu veux de l'amour que j'élouft'e la voix,
IS IDOMÉNÉE
Libre de m'expliquer pour la première fois ! D'un atlrait si puissant, eh ! comment se défendre? Mon amour malheureux voulait se faire entendre... Mais quel trouble inconnu remplit mon cœur d'ef- Cherchons dans ce palais à rejoindre le roi: [froi ! Allons. Bientôt la nuit, moins terrible et moins
[sombre, Vadécouvrir les maux qu'elle cachait dans l'ombre. Ces lieux sont éclairés d'un triste et faible jour : liigésippe déjà doit être de retour.
Suis-moi : près de mon père il faut que je me rende. Sachons, pour s'apaiser, ce que le ciel demande. Quel présage! et qu'attendre en ces funestes lieux. Si tout, jusqu'à l'amour, sert le courroux des dieux?