‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 65 sur 454 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

IDOMÉNÉE, SOPHRONYME

SOPHRONYME

Que faites-vous,seigneur?est-il temps que votre âme S'abandonne aux transports d'une honteuse IDOMÉNÉE. [flamme?

Pardonne; tu le vois, la raison à son gré Ne règle pas un cœur par J'amour égaré. Je me défends en vain : ma flamme impétueuse Détruit tous les eflbrts d'une âme vertueuse ; D'un poison enchanteur tous mes sens prévenus Ne servent que trop bien le courroux de Vénus. Je sens toute l'horreur d'un amour si funeste; Mais je chéris ce feu que ma raison déteste : Bien plus, de ma vertu redoutant le retour, Je combats plus souvent la raison que l'amour.

SOPHRONYME

Ah ! seigneur ! est-ce ainsi que le héros s'exprime? Est-ce ainsi qu'un grand cœur cède au joug qui l'op- Le courroux de Vénus peut-il autoriser [prime? Des fers que votre gloire a dû cent fois briser? Parmi tant de malheurs,est-ce au vainqueur deTroie A compter un amour dont il se fait la proie ? Qu'est devenu ce roi plus grand que ses aïeux, Que ses vertus semblaient élever jusqu'aux dieux, Et qui, seul la terreur d'une orgueilleuse ville, Cent fois aux Grecs tremblants fit oublier Achille ? L'amour, avilissant l'honneur de ses travaux, Sous la honte des fers m'a caché le héros. Peu digne du haut rang où le ciel l'a fait naître, Un roi n'est qu'un esclave où l'amour est le maître. N'allez point établir sur son faible pouvoir L'oubli de vos veitiis ni de votre devoir. Quel'amour soit en nous ou penchant ou vengeance,

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