ACTE II, SCENE III
La faiblesse des cœurs fait toute sa puissance. Mais,seigneur,s'il est vrai que.maîtres de nos cœurs, De nos divers penchants les dieux soient les auteurs, Quand même vous croiriez que ces êtres suprêmes Pourraient déterminer nos cœurs malgré nous- Essayez sur le vôtre un ell'ort glorieux ; [mêmes, C'est là qu'il est permis de combattre les dieux. Ce n'est point en faussant une auguste promesse Qu'il faut contre le ciel vous exercer sans cesse. Se peut-il que l'amour vous impose des lois? Et le titre d'amant est-il fait pour les rois? Au milieu des vertus où sa grande âme est née, Doit-on de ses devoirs instruire Idoménée?
I D 0 M É N li E .
A ma raison du moins laisse le temps d'agir, Et combats mon amour sans m'en faire rougir. Avec trop de rigueur ton entretien me presse : Plains mes maux, Sopbronyme, ou flatte ma fai- A ce feu quM Vénus allume dans mon sein, [blesse. Reconnais do mon sang le malheureux destin. Pouvais-je ma soustraire à la main qui m'accable? Respecte des malheurs dont je suis peu coupable. Pasipbaé ni Plunlre, en proie à mille horreurs, N'ont jamais plus rougi dans le fond de leurs cœurs. Maisquedis-jeîest-ceassezqu'ensecretj'enrougisse Lorsqu'il faut dece feu que mon cœur s'allVanchisse? Eh! d'un amour formé sous l'aspect le plus noir. Dans mon cœur sans vertu quel peut être l'espoir? Ennemi, malgré moi, du penchant qui m'entraine, Je n'ai point prétendu couronner Érixène : Je m'ôte le seul bien qui pouvait l'éblouir; De ma couronne enfin un autre va jouir.
SOPHRONYMK.
Gardez-vous de tenter un coup si téméraire.
IDOMÉNÉE
Partes conseils en vain tu voudrais m'en distraire.
A mon fatal amour, tu connaîtras du moins
Que j'ai donné mon cœur, sans y donner mes soins :
Car enfin, dépouillé de cet auguste titre,
Ton roi de son amour ne sera plus l'arbitre.
Dans ces lieux, où bientôt je ne pourrai plus rien.
Mon fils va devenir et ton maître et le mien.
Essayons si des dieux la colère implacable
Ne pourra s'apaiser par un roi moins coupable;
Ou du moins, sur un vœu que le ciel peut trahir,
18 IDOMÉNÉE
Mettons-nous hors d'étal de jamais obéir. Non comme une victime aux autels amenée, Tu verras couronner le fils d'Idoménée.
Le ciel après, s'il veut, se vengera sur moi : Mais il n armera point ma main contre mon roi; Et, si c'est immoler celte tète sacrée, La victime par moi sera bientôt parée.
Ce prince ignore encor quel sera mon dessein ; Sait-il que je l'attends ?
SOPHRONYME
Dans le temple prochain, Au ciel, par tant d'horreuis qui poursuit soîj sup- II prépare, seigneur, un triste sacrifice; [plice, Et mouillant de ses pleurs d'insensibles autels, Pour vous, pour vos sujets, il s'offre aux immortels.
IDOMÉNÉE
Vous n'êtes point touchés d'une vertu si pure ! Pardonnez donc,grandsdieux,simonccHuren mur- 0 mon fils! [mure