‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 82 sur 454 · ACTE III, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VII

IDOMKNÉE.

Ciel ! que viens-tu m'apprend ic?

SOPHRONYME

Du port, où par votre ordre il ma fallu descendre, Je le.venais, seigneur: un grand peuple assemblé M'attire par ses cris, par un bruit redoublé. Par le sens de l'oracle Érixène trompée, Du soin de se venger toujours plus occupée, De rintért?t des dieux prétextant son courroux, Tâchait de soulever vos sujets contre vous; De tout par Égésippe encorplus mal instruite, A vos sujets tremblants révélait votre fuite ; Leur disait que le ciel, pour unique secours. Attachait leur salut à la fin de vos jours... Pour eux, par leurs regrets, du grand Idoménée Contents de déplorer la triste destinée. Ils semblaient seuls frappés par l'arrêt du destin : Égésippe a voulu les exciter en vain.

Pour moi, qui frémissais de tant de perfidie, Je le poursuis, l'atteins, et le laisse sans vie, Désabuse le peuple, et, content désormais, J'ai ramené, seigneur, la princesse au palais.

IDOMÉNÉE

Sujets infortunés, qu'en mon cœur je déplore. Au milieu de vos maux me plaignez-vous encore? Cf ([ui m'aime à sa perte est par moi seul livré, El tout ce qui m'est cher contre moi conjuré! Cruel à notre tour, quidamante périsse : De celui d'Érixène augmentons son supplice; Faisons-leur du trépas un barbare lien ; Dans leur sang confondu mêlons cncor le mien... Vains transports «^u'a formés ma fureur passagère ! Hélas! qui fut jamais plus amant et plus père?... Mes peuples cependant, par moi seul accablés...

SOPHRONYME

Ah! seigneur! leurs tourments sont encor redou- Depuis que le destin a fait des misérables, [blés. On n'éprouva jamais des maux plus redoutables; Je frémis des horreurs où ce peuple est réduit, l'n goulfie sous Ida s'est ouvert cette nuit : Ce roc, qui jusqu'aux cieux semblait porter sa cime, Au lieu qu'il occupait n'a laissé (ju'un abîme; lit de ce roc entier à nos yeux disparu, Loin d'en être comblé, ce goufTre s'est accru: Nous touchons tout vivants à la rive infernale.

D^ ce j^ouffre profond un noir venin s'exhale El vos sujets, frappés par des feux dévorants, Tombeiit d'^ toutes parts, déjà morts ou mourants. Aux seuls infortunés le trépas se refuse...

IDOMKNÉE. [cUSe!

Et c'est de tant d'horreurs les dieux seuls qu'on ac- Mais quoi I toujours les dieux! Et qui d'eux ou de Nfgligeanisapromesse,adoncmanquédefoi![moi, Malheureux ! tes serments, qu'a suivis le parjure, Ont soulevé les dieux et toute la nature. Pour sauver un ingrat, tes soins pernicieux Troplongtemps surton peuple ont exercéles dieux: A tes sujets enfin cesse d'être contraire. Ehl que leur sert un roi, s'?v u'e leur sert de père? Leur salut désormais est ta suprême loi, El le sang de son peuple est le vrai sang d'un roi... Depuis quand tes sujets t'éprouvent-ils si tendre? Depuis quand ce devoir?... L'amour vient te Tap-

[prendre !

Voilà de ces grands soins le retour trop fatal ; Tu n'es roi que depuis qu'un fils est ton rival ; Contre lui l'amour seul arme tes mains impies; Voila le dieu, barbare ! à qui tu sacrifies. Étouffons tout l'amour dont mon cœur est épris; N'y laissons plus régner que la gloire et mon fils. Sur les mêmes vaisseaux préparés pour sa fuite, Qu'Érixène à Samos aujourd'hui soit conduite, Allons... et que mon cœur, délivré de ses feux. Commence par l'amour à triompher des dieux.

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