Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice
Celui qui devait être Pierre Corneille avait dix-neuf ans accomplis; il avait fait ses classes au collège des Jésuites de Rouen — inutile d'ajouter sa ville natale; ses études étaient achevées; depuis dix mois il était reçu avocat, quand un sixième enfant naquit dans la maison de son père.
C'était le 20 août i62o. L'enfant fut baptisé le vingt-quatre et reçut le nom de Thomas au baptême.
Deux ans après la naissance de son premier fils, Pierre Corneille, le père, maître particulier des Eaux et Forêts, avait acheté, dans les environs de Rouen, une jolie maison de campagne à Petit-Couronne, et c'est là, disent les historiens du grand Corneille, que le futur auteur du Cid passa une partie de son enfance, il dut en être ainsi pour le petit frère (l'abbé d'Aubignac a consacré le mot par une célèbre impertinence). Un chemin se fait pour les enfants dans les familles. L'aîné l'a ouvert, les cadets le prennent l'un après l'autre. Thomas Corneille ne manqua pas de recommencer les étapes de Pierre. 11 fut à son tour le bambin qui joue dans la maison des champs, et l'élève du collège des Jésuites. Y retrouva-t-il le Père Delidel qui avait été le professeur de son frère, et à qui celui-ci écrivait en 1668 :
J'en connais par toi l'efficace (celle de la grâce). Savant et pieux écrivain.
Qui jadis de ta propre main M'as élevé sur le Parnasse?
Sans être impossible à la rigueur, puisque le Père Delidel fit pendant vingt ans le cours de rhétorique, la chose est toujours assez douteuse ; il est plus douteux encore que, à l'exemple de Pierre, Thomas ait prêté serment comme avocat, puisqu'il n'a pris ce titre sur aucun des actes publics où l'on a rencontré sa signature. Cependant les jours s'ajoutaient aux jours. L'enfant avait quatre ans, Pierre, qui en comptait vingt-trois, écrivait sa Mélite^ et, tous les deux croissant l'un en âge, l'autre en renommée, Thomas avait sept ans