LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE III, SCÈNE VIII
LE MAltOUlS.
C'est là la question.
L'amour me cause encor peu d'indigestion, Etj'ai le cœur...
I,UCRÈCE.
Hier une tlamrae avouée?
OLY.MPE.
11 faut m'en éclaircir, sans doute, on m'a jouée, Etes-vous le marquis?
LE .MARQUIS
La buse !
OLV.VPE.
Répondez.
LE M.\ROUIS
Vous-mômc savez-vous ce que vous demandez?
OLYMPE
Cousine, ou me lait pièce.
LUCRÈCE
Elle serait bien forte.
LE MARQUIS
Si je suis le niar([uis? Oui, le diable m'emporte. Je le suis.
OLY.VIPE.
Quoi, celui qu'eu qualité d'époux...
LE MARQUIS
Celui qui cette uuit avait le rendez-vous. [ble Quel rendez-vous ! Jamais je n'eus frayeur sembla- Mon cadet dégainant a fait d'abord le diable; Et si je n'eusse pas promplement détalé. J'en avais tout au moins pour un bras avalé.
LUCRÈCE, ù Olympe.
C'est là comme tu dis qu'il a poussé son frère?
OLYMPE
A la fin je commence à percer le mystère. Vous u'avez pu me voir?
LE MARQUIS
Il m'avait prévenu.
Mais dites, l'avez-vous longtemps entretenu? Il vous en a bien dit; car enfin, il enrage D'avoir été dupé sur votre mariage.
Ayant auprès d'Anselme imploré votre appui, Il croyait sottement que j'eusse agi pour lui; Même pour me pouvoir divertir de sa flamme. Je l'avais assuré qu'il vous aurait pour femme, Qu'on approuvait sesfeux. Vous l'aurez détrompé?
OLYMPE
De quel étonnemeut mon esprit est frappé 1
LUCRÈCE, à Olympe.
Oronte avait-il tort? Ton marquis...
OLYMPE, Cl Lucrèce,
Je le quitte.
Celui-là dont j'ai tant élevé le mérite, Que j'ai cru le marquis, c'était le chevalier.
LE MARQUIS
■Vous donnez toutes deux dans le particulier. Parlez haut; si l'amour à l'envi vous talonne. Vous m'avez vu, le mal n'a plus rien qui m'étonne, Quand avec le grand mot recevrez-vous ma foi, Uèveuse?
0LV.\IPE.
Kien ne presse.
LE MARQUIS
Et je veux presser, moi.
LUCRÈCE
Un amanl [u-cnd toujours l'ordre d'une maîtresse.
LE MARQUIS
Bon pour les non marquis.
Al), ma chère Lucrèce!
Quel malheur est le mien?
LE MARQUIS
Lucrèce est un beau nom.
Est-ce par chasteté que vous l'avez pris? Non.
Vous avez l'œil tourné...
LUCRÈCE
Que me voulez-vous dire?
LE MARQUIS
Qu'une Lucrèce en vous... Regardez-moi sans rire. Si, comme il est encor des Tarquins, par hasard Vous eu trouviez quelqu'un, joueriez-vous du poi- LUCRÈCE. [gnard?
Je ne vous entends point.
LE MARQUIS
Vous avez lu l'histoire, Coquine, vous riez.
OLYMPE
Qui l'eût jamais pu croire?
LE MARQUIS, ù Olympe,
Mais vous ne riez point, vous?
OLYMPE
Moi, rire? Et de quoi?
LE MARQUIS
De la voir rire. Elle est grassette.
Laissez-moi.
LE MARQUIS
Je veux...
OLYMPE
Ne veuillez rien.
LE MARQUIS
Ah, petite dodue!
Pour un peu d'embonpoint vous faites l'entendue! S'il ne faut pour cela que faire voir du gras. Je m'en vais vous montrer...
LUCRÈCE
Ah! ne vous montrez pas.
Mon Dieu, le vilaiu homme !
OLYMPE
Où peut être mon père?
Il le faut appeler.
LE MARQUIS
Nous n'en avons que faire.
Ces bou(|uins du vieux temps ne sou t propres à rien.
OLYMPE
Vous le traitez si mal...
LE MARQUIS
Je le traite assez bien.
Si le nom de bouquiu est un nom qui le choque,