LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE IV, SCÈNE VIII
LE MARQUIS
Ne VOUS repentez point, comtesse de mon àmc. Si vous êtes en feu, je me sens tout en flamme, Et pour prix des soupirs que j'ai su vous tirer. Ecoulez, je comnieace à conlrc-soupircr.
Ah!
VIBGIXE.
.Monsieur le marquis, voulez-vous que je meure?
LE MAHoris. [l'heure,
Non. Pourquoi tant soulTrir? Guérissez-vous sur
lit, sans mettre avec moi cent soupirs bout à bout,
Rognez, taillez, coupez, me voilà prêt à tout.
VIRGINE
La comtesse d'Orgueil serait assez heureuse, Pour mériter le choix...
LE MARQUIS
Oui, ma belle orgueilleuse, .Mon cœur, de tous les cœurs l'inévitable écueil. Ne veut s'enorgueillir qu'auprès de voire orgueil.
Je pourrais vous avoir tout à moi sans partage?
LE MARQUIS
Tout.
VIRGIXE.
Il ne faut donc point différer davantage. L'ordre est donné chez moi de cacher mon retour. Pour témoin de notre heur ne prenons que l'amour. L'hymen peut,dèsdcmain,nousunirrun etl'autre. Ordonnez du contrat, tout mon bien est le vôtre.
•LE MARQUIS, l'ns à Carlin.
Carlin, si je conclus après le mol lâché,
Tu diras que de moi je fais trop bon marché?
CARLIN'
Sans les meubles elle a dix mille écus de rente. Vous pourriez trouver mieux.
LE MARQUIS
J'en trouverais cinquante.
Mais l'esprit?
CARLIX.
C'est à vous, monsieur, à vous sonder.
LE MARQUIS
Les autres avec moi semblent goguenarder. Celle-ci parle juste, est accorle, et sait vivre.
(.4 rirqiiw.)
Se promettre n'est rien, à moins qu'on ne se livre. Je m'y résous, demain, tout comme il vous plaira.
Mon cher marquis.
LE MARQUIS, (1 Carlin.
De joie elle se pâmera.
VIRGINE
Qu'au brillant de mon astre on va porter envie!
LE MARQUIS
J'en sais qui crèveront.
VIRGINE
Que j'en serai ravie!
LE MARQUIS
Gare aussi le poison, si l'on sait que mon choix...
VIRGINE, à Lise qui rentre sur le ihiAIre aprfs en (Ire sortie un moment.
Qu'est-ce?
LISE
Monsieur le duc pour la dixième fois...
VIRGINE
Qu'il vienne trente cncor, je n'y suis pour per- LisE. [sonne.
On a suivi votre ordre.
LE MARQUIS
Il vous trouve mignonne, Ce duc?
VIRGINE
Malgré l'ardeur de son empressement...
LE MARQUIS
Vous en voudrait-il point concubinalomenl?
VIRGINE
Concubinalement!
LE MARQUIS
Sans courroux, ma comtesse.
Vous savez que nature est un peu larronnesse, Que partout elle pille, et qu'on voit de nos ans. Plus d'amours concubins qu'il n'en cstdépousants.
VIRGES'E.
Le duc est grand ami do mon frère.
LE MARQUIS
D'Oronte?
VIRGINE
Quoi, VOUS le connaissez?
LE MARQUIS
Ah!
VIRGINE
Que j'en ai de honte!
LE MARQUIS
A certaine Lucrèce...
Admirez le beau choix.
Un homme comme lui donner dans le bourgeois! Si j'eusse pu de vous me priver davantage. Il eût eu beau presser la fin de mon voyage. Son hymen pour six mois m'eût Jait fuir de Paris. Celte Lucrèce est riche, et c'est ce qui l'a pris. Est-elle belle?
LE MARQUIS
Non; c'est un nez... une bouche...
Des yeux... un teint... Enfin elle n'a rien qui lou- Vous la verrez. [chc ;
VIRGINE
Trop tôt; j'en meurs déjà de peur, Car enfin le bourgeois me fait si mal au cœur...
LE MARQUIS
Aussi fait-il à moi.
VIRGINE
Passe encor pour Lucrèce, Son bien répare assez le manque de noblesse; Mais il est une Olympe...
LE MARQUIS
Hé bien?