SCÈNE V ARIANE, NÉRINE
ARIANE
Il sort, Nérine. Hélas!
NÉRINE
Qu'aurait fait sa présence, Qu'accroître de vos maux la triste violence?
ARIANE
M'avoir ainsi quittée, et par tout me trahir?
NÉRINE
Vous l'avez commandé.
ARIANE
Devait-il obéir?
NÉRINE
Que voulicz-vous qu'il fit? Vous pressiez sa retrai-
ARIANE. [te.
Qu'il sût, en s'emportant, ce que l'amour souliaite, Et qu'à mon désespoir souffrant un libre cours, Il s'entendit chasser, et demeurât toujours. Quoique sa traliison et m'accable et me tue. Au moins J'aurais joui du plaisir de sa vue. Mais il ne sauraitplussoufl'rir la mienne. .\h, dieux ! .\s-tu vu quelle joie a paru dans ses yeux? Combien il est sorti satisfait de ma haine : Que de mépris!
NÉRINE
Son crime auprès de vous le gêne, Madame; et, n'ayant point d'excuse à vous donner. S'il vous fuit, j'y vois peu de quoi vous étonner; Il s'épargne une peine à pend'aulres égale.
ARIANE
M'en voir trahie ! Il faut découvrir ma rivale. Examine avec moi. De toute cette cour Qui crois-tu la plus propre à donner de l'amour? Est-ce Mégiste, .Eglé qui le rend inlidèle? De tout ce qu'il y voit Cyane est la plus belle, 11 lui parle souvent; mais, pour m'ùter sa foi, Doit-elle être à ses yeux plus aimable que moi ? Vains et faibles appas qui m'aviez trop flattée. Voilà votre pouvoir, un lâche m'a quittée; Mais si d'un autre amour il se laisse éblouir. Peut-être il n'aura pas la douceur d'en jouir, Il verra ce que c'est que de me percer l'àme ; Allons, Nérine, allons, je suis amante et femme ; Il veut ma mort, j'y cours ; mais avant que mourir, Je ne sais qui des deux aura plus à souffrir.