‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1081 sur 1518 · SCÈNE V PHÈDRE, THÉSÉE · texte numérisé non relu

SCÈNE V PHÈDRE, THÉSÉE

THÉSÉE

Le ciel à mon amour serait-il favorable, Jusqu'à rendre sitôt Ariane exorable, Madame, quel bonheur qu'après tant de soupirs Je pusse sans contrainte expliquer mes désirs. Vous peindre en liberté ce que pour vous m'inspi- PHÉDRE. [re...

Renfermez-le, de grâce, et craignez d'en trop dire. Vous voyez que j'observe, avant que vous parler, Qu'aucun témoin ici ne se puisse couler. Un grand calme à vos yeux commence de paraître. Tremblez, prince, tremblez, l'orage est prêt de nai- Tout ce que vous pouvez vous figurer d'horreur [tre; Des violents projets de l'amour en fureur. N'est qu'un faible crayon de la secrète rage Qui possède Ariane, et trouble son courage. L'aveu qu'à votre hymen elle semble donner. Vers le piège tendu cherche à vous entraîner. C'est par là qu'elle croit découvrir sa rivale; Et dans les vifs transports que sa vengeance étale, Plus le sang nous unit, plus son ressentiment,

Quand je serai connue aura d'emportement. Rien ne m'en peut sauver, ma mort est assurée. Tout à l'heure avec moi sa haine l'a jurée, J'en ai reçu l'arrêt, .\insi le fort amour Souvent, sans le savoii-, mettant sa llammeau jour. Mon sang doit s'apprùler à laver son outrage. Vous l'avez voulu, prince, achevez votre ouvrage.

THÉSÉE

A quoi que son courroux puisse être disposé, Il est pour s'en défendre un moyen bien aisé. Ce calme qu'elle alfccto afin de me surprendre, Ne me fait que trop voir ce que j'en dois attendre. La foudre gronde, il faut vous mettre hors d'état D'en ouïr la menace, et d'en craindre l'éclat. Fuyons d'ici, madame, et venez dans Athènes, Par un heureux hymen, voir la fin de nos peines. J'ai mon vaisseau tout prêt. Dès cette même nuit. Nous pouvons de ces lieux disparaître sans bruit. Quand même pour vos jours nous n'aurions rien

[à craindre.

Assez d'autres raisons nous y doivent contraindre. Ariane forcée à renoncer à moi, N'aura plus de prétexte à refuser le roi. Pour son propre intérêt il faut s'éloigner d'elle.

PHÈDRE

Et qui me répondra que vous serez fidèle?

THÉSÉE

Ma foi, que ni le temps, ni le ciel en courroux...

PHÈDRE

Ma sœur l'avait reçue en fuyant avec vous.

THÉSÉE

L'emmener avec moi fut un coup nécessaire. Il fallait la sauver de la fureur d'un père; Et la reconnaissance eut part seule aux serments Par qui mon cœur du sien paya les seutiments. Ce cœur violenté n'aimait qu'avec étude; Et quand il entrerait un peu d'ingratitude Dans ce manque de foi qui vous semble odieux. Pourquoi me reprocher un crime de vos yeux? L'habitude à les voir me fit de l'inconstance Cne nécessité dont rien ne me dispense ; Et si j'ai trop flatté cette crédule sœur, Vous en êtes complice aussi bien que mon cœur. Vous voyant auprès d'elle, et mou amour extrême Ne pouvant avec vous s'expliquer par vous-même, Ce que je lui disais d'engageant et de doux. Vous ne saviez que trop qu'il s'adressait à vous. Je n'examinais point, en vous ouvrant mon ànie. Si c'était d'Ariane entretenir la flamme, Je songeais seulement à vous marquer ma foi. Je me faisais entendre, et c'était tout pour moi.

PHÈDRE. [larmes!

Dieux, qu'elle en souffrira! Que d'ennuis! que de Je sens naître en mon cœur les plus rudes alar- II voit avec horreur ce qui doit arriver ; [mes. Cependant j'ai trop fait pour ne pas achever. Ces foudroyants regards, ces accablants reproches. Dont par son désespoir je vois les coups si proches, Pour moi, pour une sœur sont plus à redouter

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