ARIANE, ACTE V, SCÈNE II
Que cette triste mort qu'elle croit m'apprêter. Elle a su votre amour, elle saura le reste. De ses pleurs, de ses cris, l'uyons l'éclat funeste, Je vois bieu qu'il le faut, mais, las !
THÉSÉE
Vous soupirez?
PHÈDRE
Oui, prince, je veux trop ce que vous désirez. Elle se fie à moi, cette sœur, elle m'aime. C'est une ardeur sincère, une tendresse extrême, Jamais son amitié ne me refusa rien.
Pour l'en récompenser je lui vole son bien, Je l'expose aux rigueurs du sort le plus sévère, Je la tue, et c'est vous qui me le faites faire. Pourquoi vous ai-je aimé ?
THÉSÉE
Vous en repentez-vous?
Je ne sais, pour mon cœuril n'est rien do plusdoux;
Mais vousle remarquez, cecœur tremble, soupire,
Et perdant une sœur, si j'ose encor le dire.
Vous la laissez dans Naxeen proie à ses douleurs.
Votre légèreté me peut laisser ailleurs.
Qui voudra plaindre alors les ennuis de ma vie
Sur l'exemple éclatant d'Ariane trahie?
Je l'aurais bien voulu ; mais c'en est fait, parlons.
THÉSÉE
En vain...
PHÈDRE.'
Le temps se perd quand nous en consultons. Si vous blâmez la crainte où ce soupçon me livre. J'en répare l'outrage, en m'offrant à vous suivre. Puisqu'à ce grand effort ma flamme se résout. Donnez l'ordre qu'il faut, je serai prête à tout.