‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1091 sur 1518 · DON CÉSAR D'AVALOS, ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

DON CÉSAR D'AVALOS, ACTE I, SCÈNE II

Crois-moi, l'on n'y saurait trop faire de façon; La chose est pour mon compte.

BÉATRIX

Hé, puisque c'est la mode.

Ne songez qu'aux écus, c'est là le plus commode. Quand les maris en ont, de quoi s'inquiéter? S'ils veulent être sots, il faut les contenter; Est-il si difficile?

Ainsi, sans nul scrupule, Le bien te ferait prendre un mari ridicule. Un de ces obstinés dont rien ne vient à bout?

BÉATRIX

Vivent les gens d'esprit, ils se tirent do tout. Mais quand pour don César la crainte vous arrête, Dites, n'auricz-vous point quelqu'autre chose en ISABELLE [tète?

Moi ! qui pourrais-je avoir? Est-ce que l'on me voit...

BÉATRIX

Hé, mon Dieu, le mal vient plus vite qu'on ne croit. Que sait-on ? Depuis peu je vous trouve inquiète. De votre cabinet vous aimez la retraite, Sans moi, chez Léonor, vous allez fort souvent.

C'est ma cousine.

BÉATRIX

Elle est une tête à l'évent; Et, pour vous parler franc, vous auriez bien la mine D'avoir fait uu cousin en cherchant la cousine.

Quoi, tu présumerais que j'aurais pu...

BÉATRIX

Ma foi.

Si vous me le cachez, défiez-vous de moi. Je vais pour le savoir, mettre tout en usage ; Et si j'apprends sans vous... Vous rougissez? Cou- C'est bon signe. Enfin donc vous aimez? [rage,

Moi, non pas.

Mais...

BÉATRIX

Quelqu'un est épris de vos jeunes appas?

Hé?

BÉATRIX

Poursuivez.

Au moins, garde-toi d'en rien dire.

Je ne sais rien encor. Ce quelqu'un qui soupire Est bien fait?

L'air, le port, la taille, tout en plaît, Galant, spirituel, mais je ne sais qui c'est.

BÉATRIX

Vous l'ignorez?

Apprends l'aventure bizarre Qui m'expose aux chagrins que l'amourme prépare :

Un de ces derniers soirs étant sortie exprès Pour aller où chacun aime à prendre le frais, Je marchais à pas lents avecque ma cousine, Quand un je ne sais qui d'assez mauvaise mine, Troublant notre entretien par de sots compliments, Nous ôtela douceur de ces heureux moments. Sa poursuite obstinée allant à l'insolence. Un cavalier survient qui prend notre défense. Il repousse l'insulte, et d'un air peu commun, Met la main à l'épée, et fait fuir l'importun. Juge à quoi ce service engage une belle àme. Ce cavalier m'aborde, et d'un œil tout de flamme S'atlachant fortement à me considérer.

Me fait l'olfro d'un cœur que je fais soupirer. Cent discours obligeants secondent cet hommage. Que d'esprit! On ne peut en montrer davantage; Mais, la nuit survenant, nous rompons l'entretien, Lui sans dire son nom, moi sans dire le mien. Le reste au lendemain à même heure, au lieu même, 11 me répond d'un feu qui va jusqu'à l'extrême. Et devant Léonor veut m'engager sa foi. Que jamais, quoi qu'on fasse, il n'aimera que moi. Je l'ai vu quatre fois, toujours même assurance D'un amour sans égal, d'une entière constance; Mon cœur contre sa flamme a peine à s'obstiner, Et voudrait être à lui, s'il osait se donner.

Qu'au moindre mot d'amour lajeuncsse est crédule; Ce diseur de beaux mots sait dorer la pilule ; Et si vous en croyez son doucereux jargon, Votre fortune est faite avec lui?

Tout de bon!

Par tant de qualités il mérite qu'on l'aime... Il est fort riche.

BÉATBIX.

Bon, c'est la richesse môme; Il vous l'a dit, pourquoi ne l'en croiriez-vous pas? Pour noble, on l'est d'abord qu'on fait le fier-à-bras. Ce fut là son début?

Mais quel mal en peut naître, Puisqu'apprenant mon nom il se fera connaître?

BÉATRIX

Tenez-vous-en, de grâce, à votre époux futur. Avec lui l'abondance est pour vous un coup sûr. C'est là qu'il faut donner, le reste est bagatelle.

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