SCÈNE I ISABELLE, BÉAÏRLX
BÉATRIX
Oui, -v'ous dis-je, l'oa vient d'assurer votre père, Qu'ici, depuis uae heure, ou a vu votre frère. Par les derniers vaisseaux arrivés de Cadix, De son prochain retour on avait eu l'avis. Peut-être est-il fâcheux qu'après douze ans d'ab- II vienne avecque vous partager la finance ; [sence Mais le ciel qui vous donne un époux à souhait, Répare assez le tort que ce frère vous fait. Les ducats... A propos, quand vous serez sa femme. N'allez pas, s'il vous plaît, faire la trop grand'dame; Je suis de la maison depuis plus de vingt ans, Je vous ai dirigée, et par là je prétends...
Va, ta direction aura son plein salaire.
Ne crains rien, mais dis-moi, je reviens à ce frère.
Si don Lope est ici, pourquoi ne vient-il pas?
BÉATRIX
Peut-être il craint encor le bonhomme; en ce cas. Il cherche quelque ami par qui pouvoir apprendre. Après son fol hymen, l'accueil qu'il doit attendre. Enlever une fille, et sans nom et sans bien...
Je n'avais que cinq ans, et me souviens fort bien Que mon père apprenant qu'il avait pris la fuite. Eu fit faire partout une exacte poursuite. C'était fait de don Lope, il n'était plus son fils.
BÉ.ATRIK.
Aussi, pendant dix ans, n'en a-t-on rien appris;
Mais enfin, étant veuf, il a demandé grâce; Sa femme était son crime, elle est morte, il s'efface, Les lettres l'ont de loin assuré du pardon. Je crois le voir encore ; il avait l'air si bon. C'était un de ces gens qu'on ne peut voir, sans prennes la première fois,jenesais quoi de tendre, [dre, Son malheur fut d'aimer un peu trop fortement. Qu'est-ce donc? Vous voilà tout je ne saiscomment?
Tu me fais réfléchir sur ce que je hasarde. C'est au bien seulement que mon père prend garde. L'époux qu'on me promet, peut n'être pas de ceux Qui font parler d'abord leur mérite pour eux. Mon cœur n'ose m'en faire une aimable peinture; Et s'il faut expliquer ce que je m'en figure, Avec un tel excès la fortune lui rit, Qu'il me trompera fort, s'il est riche en esprit. Le bien fait de grands sots.
BÉATRIX
C'est un prétexte honnête Pour porter, sans rougir, la qualité de bète. Mais n'appréhendez rien; don César d'.\valos, Quoique riche, n'est point du nombre de ces sots. La preuve, par Enrique, eu est assez facile, Ainsi que don César, Enrique est de Séville; Et le bien qui s'en dit par lui-même affermi. Est d'autant moins suspect, qu'il est son ennemi.
Peut-être est-ce par là qu'il tâche de lui nuire. Quelquefois on élève afin de mieux détruire; Rien n'est plus dangereux que de préoccuper.
BÊATRlX.
Et vous croyez qu'Enrique oserait vous tromper, Lui, qui depuis deux ans que dure son afi"aire, N'a d'amis à Madrid que ceux de votre père?
Quand il faut dire oui, pour ne plus dire non,