DON CÉSAR D'AVALOS, ACTE I, SCÈNE V
D. PASCAL
Il est des gens hargneux, qui, sur les moindres
D. FERNAND. [CES
Expliquez-moi la chose.
D. PASCAL
Elle ne le vaut pas. [che.
D'ailleurs, l'heur de vous voir si fortement me tou- Quc sur toute autre cliose il me ferme la bouche. Ne parlons que de joie, et, jusqu'au conjungo. Laissez-moi, s'il vous plaît, m'en donner à gogo, Point d'autre affaire en jeu que celle de la noce.
[À Isabelle.)
Je vous promets au reste un superbe carrosse, Avec six chevaux... là, de ces chevaux fringants... Pour des jupes, des points, des coiffes et des gants, A foison tout cela.
Rien encor ne vous presse.
D. PASCAL
Non, dites-vous; et moi je presserai sans cesse, A moins que ce ne soit vous choquer, car mon cœur A déjà fait pour vous un si grand fond d'ardeur...
D. FERXAND.
Pour pouvoir promptement écrire à votre père. Demain, à petit bruit, nous conclurons l'afTaire. Vos emplettes après se feront à loisir.
D. PASCAL
Me marier demain ! Vous me ferez plaisir. J'ai naturellement quelques impatiences, Qu'elle est belle I
Moi?
D. PASCAL
Plus cent fois que tu ne penses, Follette. Pardonnez, le style est familier; Mais quand le lendemain on doit se marier...
Non pas sitôt.
D. PASCAL
Beau-père, on remet la partie.
Des six chevaux fringants veut-elle être nantie? Tout à l'heure, on en trouve à .Madrid de tout faits. On m'a bien défendu de prendre garde aux frais; Mon père a tant de bien, que pour être aimé d'elle, Semer dis mille écus c'est une bagatelle. J'ai quelques diamants qui nous mèneront loin.
D. FERNAND
Vous pouvez disposer de ma bourse au besoin. Jevousl'ai déjà dit. Quant à l'hymen...
Mon père, Vous voulez bien qu'au moins nous attendions mon D. PASCAL. [frère?
Quoi, ce frère indien, don Lope, qu'autrefois L'amour fit décamper? S'il ne vient de six mois?
Le terme serait long.
Pas tant qu'il dût détruire.
D. PASCAL
De tout, en arrivant, je me suis fait instruire. On vous fait de ce fils espérer le retour?
D. FERNAND
Nous le verrons sans doute avant la fin du jour, Il doit être à Madrid.
D. PASCAL
Don Lope?
D. FERNAND
Ainsi, mon gendre, Soyez sûr que demain, sans davantage attendre...
Hé, mon père, daignez m'accorder quelques jours.
D. FERNAND
L'insensée !
D. PASCAL
Il me faut mettre sur mes atours, Et, pour me façonner, aller voir quelque belle. Béatrix de Guzman, j'ai des lettres pour elle. Ynès de Velasco, je la dois voir aussi.
D. FERNAND
Non, mon gendre, il est bon que vous restiez ici; La noce pour demain. Quand vous en serez quitte, Je prétends vous mener partout faire visite.
D. PASCAL
Volontiers, c'est le mieux d'être produit par vous.
Mon père.
D. FERNAND
Quoi, tu veux refuser cet époux?
Ynès et Béatrix, je n'ai rien à t'apprendre; S'il en voit l'une, adieu. Çà, qu'on songe à mon gen- Qu'on aille donner ordre à son appartement, [dre; Ma fille, ayez-y l'œil vous-même promptement, Que tout soit propre.
ISABELLE, ù BétUrix.
Hélas 1 Que je suis malheureuse!
BÉATRIX
Le plus grand des malheurs, c'estcelui d'être gueu-
GUZMAN, à Béatrix. [se.
La Béatrix pour moi ne sent-elle encor rien?
BÉATRIX
Tout vient avec le temps, laisse faire.
GUZMAN
Fort bien.