SCÈNE II MARS, LA FORTU.NE, LA RENOMMÉE, L'AMOUR
LA REXOMMÉE.
N'en soj'ez jioiut surpris, le pénible voyage
Où jusqu'au bout de l'univers, Pour vanter ses vertus chez cent peuples divers, Le monarque des lis de jour en jour m'engage. M'a déjà tant de fois fait traverser les airs. Qu'il faut qu'en m'arrèlant enfin je me soulage. Dans les siècles passés, j'ai bien vu des héros. Alexandre et César m'ont donné de la peine. Mais au moins dans leur course ils reprenaient
Et me laissaient quelque repos. [haleine,
Louis n'en connaît point, son àme toujours prête
À s'éprouver dans les combats.
A- peine a médité la plus haute conquête.
Qu'à la Victoire il fait suivre ses pas. Chaque instant de sa vie est un nouveau miracle.
Vingt princes dont il fut l'appui.
Arment vainement contre lui ; Ace qu'il entreprend rien ne peut mettre obstacle ;
Et ces jaloux de sa grandeur, Forcés partout à céder la victoire.
Ne combattent jamais que pour lui faire honneur.
Et donner du lustre à sa gloire.
Ainsi, pour m'acquittcr de ce que je lui dois. J'ai beau presser mon vol, et me hâter de dire
Ce qu'avec moi tout l'univers admire, Mes cent bouches pour lui s'ouvrent tout à la fois.
Et je n'y puis encor suffire.
MARS
S'il ne faut rien dissimuler,
La plainte me parait nouvelle.
Quoi, vous, qui si souvent sur des contes en l'air Redites mille fois la même bagatelle.
Vous vous fâchez d'avoir trop à parler?
LA ItEXOMMÉE.
Je prends sans murmurer tout l'emploi qu'on me
Mais enfin j'ai peine à soufl'rir [donne.
D'être forcée à discourir
Toujours de la même personne.
Sur chaque nouveauté, comme en tout elle plait,
J'aime à dire ce que je pense;
Et si je ne prends intérêt Qu'à célébrer le nom du grand Roi de la France, Tous les exploits que les autres feront,
A ce compte demeureront
Ensevelis dans le silence.
Je veux bien toutefois ne parler que de lui;
Mais ce qui cause mon ennui.
C'est de voir quand je les publie
Toutes ses grandes actions,
On les prend pour des fictions,
Et l'on m'accuse de folie.
Qui pourrait croire aussi ce qu'on a vu deux fois? Il paraît, et soudain une province entière Se fait un heureux sort de servir de matière Au triomphe éclatant qui la met sous ses lois? Je crois le voir encor, toujours infatigable, Courant, volant partout, sans jamais s'arrêter, Être chef et soldat, résoudre, exécuter,
Et seul à soi-même semblable.
Chercher dans le péril tout ce qui peut flatter
L'ardeur de gloire insatiable Qui porte les héros à s'y précipiter.
Mais c'est peu que forcer de superbes murailles :
Voyez-le dans le même temps, Par l'effroi de son nom gagner plus de batailles Qu'on n'en donnait autrefois en vingt ans.
Après cela, que puis-je faire ?
Toutes ces grandes vérités Ne semblent-elles pas des contes inventés. Et, lorsque je les dis, m'estime-t-on sincère ? l'amocr.
Vous en donnez si souvent à garder.
Qu'il est bon qu'une fois vous en soyez punie; Mais par Loeis quand ma gloire est ternie. Moi, l'Amour, n'ai-je pas tout sujet de gronder?
Depuis le pouvoir qu'il me vole.
Dont il use comme du sien.
Je suis une vraie idole
Qui ne semble bonne à rien.
la fortlxe.
D'où ce grand chagrin peut-il naître,
Quand nous voyons que ce grand roi, [tre... En gagnant touslescœurs, chaque jour fait connail'amour.
Mais c'est par lui qu'il s'en rend maître;
Et ce n'est pas mon compte à moi ; Car enfin je voudrais qu'il me dût quelque chose;
Mais j'ai beau parmi tous mes traits.
GIRCÉ, PROr.OGUE, SCÈNE III.
Pour raii'c que des cœurs par mon ordre il dispose,
ICii aller choisir tout exprès :
D'eux-mômes à l'cnvi, sans qu'on les soliicile,
Ces C(Eurs tout <à coup enflammés,
Se rendent tous à son mérite, Et, sans que je m'en môle, ils s'en trouvent charmés.
MARS
Et c'est à quoi l'Amour prend garde?
Pourvu que tout vous soit soumis,
(Jue vos droits soient lùcn affermis.
Qu'importe...
l'amour.
Passe encor pour ce qui le regarde; Mais ce qui fait tout mon ressentiment,
Et m'est une peine cruelle.
C'est que lor^qu'avec une belle,
J'ai fait l'union d'un amant, Et qu'elle eu croit les nœuds serrés si fortement. Que rien ne saurait plus l'arracher d'auprès d'elle,
Si Louis dans sa noble ardeur
Court où l'appelle son grand cœur,
L'amant, quoique plein de tendresse,
Se reproche un honteux repos,
Et quitte aussitôt sa maîtresse,
Pour suivre les pas du héros.
Elle s'en plaint, elle en soupire.
Et par sa disgrâce fait voir
La faiblesse de mon empire.
LA RENOMMÉE
Que n'usez-vous alors de tout votre pouvoir. Pour rappeler ceux que la guerre attire? l'amouh.
Il ne tient pas à le vouloir; Mais j'ai beau faire, j'ai beau dire.
Charmés de voir Louis, de marcher sur ses pas. Quelque flatteur que pour eux je puisse être, C'est un enfant ([ui parle, ils ne m'écoutent pas. Et les combats Auprès de leur auguste maître.
Ont pour eux plus d'appas Que les plus tendres feux qu'en leurs cœurs j'ai fait Ainsi la guerre est un malheur [naître.
Qui me rend inutile, et c'est de quoi j'enrage; Je me trouve accablé de honte et de douleur, Et taudis que Louis fait briller sa valeur,
Je joue un méchant personnage.
.Mais, que vois-je?